La Stratégie nationale canadienne de sécurité alimentaire laisse les fermiers sur sa faim, en quête de véritables solutions
La Stratégie nationale de sécurité alimentaire identifie le problème, mais détourne le regard
Les Canadiens recherchent des aliments sûrs, sains et abordables, produits par les fermiers et les travailleurs canadiens.
Afin de stimuler la production alimentaire nationale, la Stratégie nationale de sécurité alimentaire (SNSA) du gouvernement du Canada s’engage à freiner la concentration des entreprises et à réduire la dépendance du pays vis-à-vis des marchés mondiaux grâce à un investissement de 3,2 milliards de dollars sur dix ans.
L’Union Nationale des Fermiers (UNF) salue le fait que le gouvernement fédéral ait pris conscience du problème et ait entrepris une première tentative pour y remédier, mais nous estimons que les solutions proposées dans cette stratégie sont insuffisantes. Après les coupes budgétaires opérées dans la recherche agricole publique et l’affaiblissement des réglementations en matière de sécurité alimentaire, un engagement de 3 milliards de dollars sur 10 ans est insuffisant pour une question aussi importante que le renforcement de notre approvisionnement alimentaire national. Nous doutons également que le financement destiné à stimuler la concurrence entre les magasins d’alimentation, à réduire les barrières commerciales provinciales et à faire progresser l’intelligence artificielle et l’innovation technologique permette réellement d’augmenter la production nationale, de garantir la dignité économique des fermiers ou de réduire le coût des denrées alimentaires pour les Canadiens.
L’UNF encourage le gouvernement fédéral à mettre en place une stratégie de sécurité alimentaire plus ambitieuse, garantissant «le droit des peuples à une alimentation saine et adaptée à leur culture, produite selon des méthodes respectueuses de l’environnement et durables, ainsi que leur droit à définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles ».
Les Canadiens sont indignés de voir les prix des produits alimentaires continuer à augmenter alors même que les perturbations de la chaîne d’approvisionnement liées à la COVID-19 ont été résolues. Le rapport de l’UNF intitulé « Fair Food Prices ? » (2026) a révélé qu’en 2025, les consommateurs ont dépensé près de 30 % de plus pour leurs courses qu’en 2020. La part revenant aux fermières sur le budget alimentaire n’a pas bougé, tandis que les géants de la grande distribution ont plus que doublé leurs bénéfices sur les ventes au détail au cours de cette même période.
« L’enquête NFSS reconnaît enfin les dommages causés à notre système alimentaire par la concentration des entreprises et les marchés mondiaux — cela ouvre la voie à un changement de politique qui s’attaque aux structures, plutôt qu’aux symptômes, d’un système alimentaire qui ne profite qu’à une minorité », déclare Jenn Pfenning, présidente de l’UNF.
Bien que le gouvernement fédéral reconnaisse que le pouvoir des entreprises affecte la sécurité alimentaire, son approche réduit le problème à des questions d’offre et de demande. Son analyse suggère que c’est la vulnérabilité de la chaîne d’approvisionnement qui compromet la sécurité alimentaire, plutôt que les décisions des oligopoles d’utiliser leur pouvoir de marché pour augmenter les prix afin de satisfaire leurs actionnaires. De même, bien que la NFSS se concentre sur la sécurité alimentaire nationale, elle fait de nombreuses références au maintien de la compétitivité mondiale, qui dépend du maintien à un niveau bas des prix des matières premières versés aux agriculteurs afin de garantir des bénéfices élevés aux négociants agroalimentaires internationaux.
« La Stratégie nationale de sécurité alimentaire élude habilement la gravité du problème. Si le gouvernement fédéral souhaite réellement faire évoluer les choses, il devrait oser désigner sans détour le pouvoir des grandes entreprises comme la cause principale des inégalités au sein de notre système alimentaire », déclare Phil Mount, vice-président chargé des politiques à l’UNF. « Le refus du gouvernement de s’attaquer au pouvoir des grandes entreprises affaiblit les solutions proposées dans la stratégie. »
Plus d’un milliard de dollars des dépenses du NFSS sont alloués à l’innovation technologique et à la modernisation, ce qui encouragera le secteur alimentaire à mettre en œuvre des outils d’intelligence artificielle et d’autres technologies à forte intensité capitalistique qui porteront atteinte à la dignité des travailleurs agricoles, laisseront pour compte les petits producteurs destinés au marché intérieur et conféreront davantage de pouvoir et d’argent aux grandes entreprises de données et aux fabricants de machines. Il convient notamment de noter que des fonds sont prévus pour soutenir les exploitations de serres et d’agriculture verticale, caractérisées par une forte concentration des entreprises et une forte intensité énergétique, mais que les agriculteurs écologiques qui cultivent des produits locaux de manière durable ne reçoivent que peu, voire pas de soutien.
« Il est essentiel que le gouvernement fédéral soutienne la diversité des modèles agricoles par le biais de systèmes décentralisés, en veillant à ce que les pôles alimentaires régionaux restent sous le contrôle des communautés et en préservant le droit des agriculteurs à conserver, échanger ou développer des semences », déclare Josh Suppan, président de l’UNF-Ontario. « Le soutien à la diversité des exploitations agricoles brille par son absence dans la Stratégie nationale de sécurité alimentaire. »
Le gouvernement fédéral s’attend à ce que les fermiers et les Canadiens acceptent l’idée selon laquelle la déréglementation, la concurrence et les investissements technologiques entraîneront une baisse des prix des denrées alimentaires et une rentabilité accrue pour les fermiers. Conjointement avec le projet de loi C-30, le NFSS accélérera les procédures d’homologation des pesticides, ce qui augmentera les risques sanitaires et environnementaux pour les fermiers, les collectivités et les consommateurs.
« Le Canada ne doit pas mettre en péril la santé de l’environnement et celle des personnes — cela va à l’encontre de la protection des Canadiens », déclare Alexis Légère, président de l’UNF-Nouveau-Brunswick. « Une stratégie de souveraineté alimentaire efficace et à long terme ne supprime pas les garanties d’intérêt public, la transparence et les capacités de recherche nécessaires à la croissance économique. »
La NFSS identifie la concentration des entreprises comme un problème menaçant la sécurité alimentaire canadienne, mais ne propose pas de solutions concrètes. Ce que le public mérite réellement, c’est une politique de souveraineté alimentaire qui soutienne le développement de systèmes alimentaires régionaux à l’échelle des communautés et garantisse aux fermiers des prix équitables pour les produits qu’ils cultivent, tant pour le marché intérieur que pour l’exportation. La future souveraineté alimentaire du Canada doit reposer sur une alimentation saine et culturellement adaptée, contrôlée par les communautés, sur des méthodes de production respectueuses de l’environnement, sur la résilience et sur l’équité pour tous.
– 30 –
Pour plus d’informations :
- James Hannay, analyste politique à l’UNF : hannay@unf.ca