En 2026, les consommateurs dépenseront près de 30 % de plus pour leurs courses qu’en 2020, tandis que l’année dernière seulement, les oligarques de l’épicerie ont engrangé plus de 6 milliards de dollars de bénéfices, soit une augmentation stupéfiante de 200 % par rapport à leur bénéfice net moyen de 2 milliards de dollars par an entre 2015 et 2019.
Ce rapport identifie les causes de l’inflation des prix des denrées alimentaires en examinant la part des prix des denrées alimentaires au détail qui revient aux fermières par rapport à l’inflation des prix à la consommation. Les données révèlent que les fermières ont vu les prix de leurs produits stagner alors que les prix à la consommation ont augmenté. En fin de compte, les profits des entreprises sont la principale raison de l’écart grandissant entre la part des fermières et le prix affiché dans les épiceries.
Dans la section 1, nous mettons en garde contre le fait que la baisse de la part des prix des denrées alimentaires détenue par les fermières contribue à une crise de la succession et de la propriété des exploitations agricoles qui met en péril la sécurité alimentaire du pays. Nous présentons également une analyse documentaire des études qui ont quantifié et mis en contexte la baisse de la part des prix des denrées alimentaires revenant aux fermières au Canada. Ces études ont, à des degrés divers, comparé le » prix à la production » – le prix que les fermières reçoivent pour leurs produits agricoles de la part d’acheteurs et de marchés individuels et corporatifs – et le prix que les consommateurs constatent lorsqu’ils achètent leurs produits alimentaires dans des points de vente commerciaux. La comparaison de ces deux prix nous conduit à la « part des agriculteurs » dans les prix de détail des denrées alimentaires.
La section 2 présente des données sur les prix de 14 produits à la ferme et leurs équivalents au détail pour les vingt à cinquante dernières années. Ces données montrent que la part des prix des denrées alimentaires revenant aux fermiers a généralement diminué. Les prix de détail pour les consommateurs ont augmenté alors que les prix que les fermières ont reçus pour leurs produits n’ont guère augmenté au cours de la même période. Ces données confirment nos soupçons antérieurs : la concentration des entreprises dans le système alimentaire canadien entraîne une détérioration des résultats tant pour les fermières que pour les consommateurs.
L’exception notable est l’existence de politiques de gestion de l’offre qui garantissent le prix du coût de production pour des produits tels que le lait, le poulet, la dinde et les œufs. Depuis 2008, la gestion de l’offre a permis aux fermières d’obtenir une part plus importante des prix de détail des produits alimentaires que les produits non soumis à la gestion de l’offre. Les produits soumis à la gestion de l’offre ont rapporté en moyenne 38 % aux fermières depuis 2008, alors que les produits non soumis à la gestion de l’offre n’ont rapporté en moyenne que 14 %.
Nous concluons en réitérant que le pouvoir des entreprises dans le système alimentaire canadien est l’ennemi commun des fermières et des consommateurs. Nous soutenons que des politiques et des institutions structurelles fortes, telles que la gestion de l’offre et les institutions de commercialisation collective, ont permis de lutter efficacement contre le pouvoir des entreprises et d’offrir des avantages aux fermières et aux consommateurs. Les fermiers et les consommateurs canadiens devraient donc s’organiser autour de changements de politiques structurelles qui créent un système alimentaire durable pour les Canadiens. Enfin, nous proposons un certain nombre de solutions politiques, notamment un revenu annuel garanti pour les fermières et une option d’épicerie publique, qui offrent des possibilités d’organisation intéressantes pour les fermières et les consommateurs.