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Coronavirus : Une nouvelle source d’inquiétude pour les fermières

La Nationale des Fermiers (UNF) ajoute sa voix inquiète au sujet du COVID-19 à celle de nombreuses personnes de l’Île-du-Prince-Édouard, du Canada et du monde entier. Nous n’avons jamais connu de menace sanitaire mondiale aussi grave que celle-ci. Tout le monde est concerné. Notre santé et notre vie sont en danger. Pour beaucoup d’entre nous, nos moyens de subsistance sont menacés. La peur et l’anxiété qui accompagnent toute catastrophe majeure sont à un niveau élevé.

Comme dans toute tragédie généralisée, toutes les personnes ne sont pas touchées de la même manière. Toutes les personnes n’ont pas le même niveau d’angoisse. Les personnes qui se trouvent généralement au bas de l’échelle économique et sociale de notre communauté vivent dans un état d’alarme constant et craignent pour leur survie.

Il est encourageant de voir le gouvernement fédéral intervenir pour atténuer les souffrances immédiates des personnes qui ont perdu leur emploi en raison des fermetures d’entreprises dans tout le pays. Beaucoup sont soulagés par les fonds d’urgence que les gouvernements ont mis à leur disposition pour les prochains mois. Cependant, il y aura des conséquences à long terme que les gens de tous les jours ressentiront pendant des années. Lorsque l’on vit en marge de la société, tout revers peut signifier un changement permanent dans nos vies individuelles et celles de nos familles. COVID-19 amplifie nos vulnérabilités permanentes, notre peur et notre anxiété.

Peu de gens parlent des effets spécifiques de la pandémie sur les fermières. Ils ne se demandent pas non plus pourquoi cela ajoute une couche d’inquiétude supplémentaire au stress permanent des fermières. Nous sommes un secteur où la tension et le stress mental sont permanents. Au début de l’année, les gouvernements, les organisations qui leur sont liées et les médias ont soudainement mis à la mode l’idée que le stress et la dépression des fermières étaient très répandus. Pourtant, ils semblent tous passer à côté de l’histoire. Ils n’examinent pas les raisons pour lesquelles de plus en plus de fermières et de fermiers ont recours à un traitement de santé mentale.

Le malaise des fermières est dû au fait qu’elles essaient de produire des denrées alimentaires dans le cadre d’un modèle impossible. Les fermiers ne sont que des rouages d’un système agricole industriel. Ils créent de la richesse pour quelques personnes au sommet et survivent à peine eux-mêmes, recevant des prix bas pour leurs produits. La plupart des fermiers considèrent la terre et l’eau comme un patrimoine pour les générations à venir. Les industriels et leurs porte-parole dans le monde agricole considèrent la terre et l’eau comme des ressources à exploiter. Ils considèrent ces sources de vie comme de simples moyens de produire de la richesse à court terme, quel qu’en soit le coût.

La réalité concrète de la disparition des exploitations familiales, à moins qu’elles ne soient contraintes de se soumettre au secteur industriel, aux transformateurs et aux détaillants, est une source d’anxiété. Les fermiers subissent souvent des pressions pour utiliser des pratiques agricoles qu’ils savent destructrices. Rien qu’à l’Île-du-Prince-Édouard, des milliers de familles d’agriculteurs ont été chassées de leurs terres. Ceux qui restent pensent que ce n’est qu’une question de temps avant qu’une entreprise plus importante ne les rachète. Qu’arrive-t-il donc aux fermières qui ont consacré leur vie à ce mode de vie et qui ne peuvent plus continuer ?

Que se passe-t-il lorsque nous ajoutons à cela le chagrin et la peur du COVID-19 pour nous-mêmes et nos familles ? Les fermières doivent également s’auto-isoler pour éviter la propagation du virus. C’est bientôt la période des cultures et des plantations. L’accès aux fournisseurs d’intrants est plus difficile. Ajoutez à cela les nouvelles concernant la surabondance de frites et de produits laitiers. Les fermières doivent trouver de nouveaux marchés ou détruire leurs produits, comme certains producteurs laitiers sont obligés de le faire en Ontario et ailleurs. Ensuite, il y a la crise économique. Lors des récessions précédentes, lorsque le marché s’est effondré, de nombreux investisseurs se sont tournés vers l’accaparement des terres. Ils considéraient la terre comme une zone sûre pour les investissements à long terme. Il se peut que l’on assiste à un mouvement d’achat de terres alors que personne n’est aux aguets.

L’UNF demande instamment aux gens d’écouter les consignes sanitaires afin d’enrayer le virus COVID-19 : restez chez vous, lavez-vous les mains plusieurs fois dans la journée, respectez une distance de deux mètres et restez en bonne santé.

Par ailleurs, la Nationale des Fermiers invite tous les habitants de l’île à réfléchir à des moyens d’impliquer le gouvernement et d’autres acteurs. Nous devons mettre un terme à la menace virale que fait peser le modèle industriel d’agriculture sur les fermières et sur la terre. Arrêtons de dire “quand nous reviendrons à la normale…”. La normale est plutôt désastreuse pour les fermières et la terre. Nous pouvons faire mieux que la “normale”. Trouvons ensemble de nouvelles voies