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Nous semons la vie, eux sèment la destruction

Bref aperçu de la destruction de l’agriculture, de la pêche et des capacités de production alimentaire palestiniennes par le régime israélien dans les territoires palestiniens occupés

L’agriculteur palestinien Gassan Abu Alia, qui réside depuis sa naissance dans le village d’al-Mgyayyer, situé au centre de la Cisjordanie occupée par Israël, a passé une grande partie de sa vie à entretenir l’oliveraie que son père lui a léguée. Comme de nombreux Palestiniens, M. Alia et sa famille dépendent de ces oliviers, qui constituent leur principale source de revenus.

En l’espace d’une seule journée, au mois d’août 2025, 250 oliviers appartenant à la famille Alia ont été rasés par l’armée israélienne. Certains de ces oliviers étaient âgés de plusieurs centaines d’années et représentaient non seulement une source de revenus essentielle, mais aussi un héritage ancestral précieux – un patrimoine séculaire, un don sacré, désormais réduit à un simple souvenir.

« Mon père a pleuré à la fenêtre lorsqu’il a vu les oliviers de nos ancêtres être déracinés », a déclaré Alia à TRT World. « De nombreuses personnes [dans notre village] ont été en état de choc, ont sombré dans le désespoir et la dépression. »

Malheureusement, les témoignages de violences perpétrées par Israël, comme celui d’Alia, sont légion parmi les agriculteurs et les pêcheurs palestiniens des Territoires palestiniens occupés (TPO) – la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est. Alia fait partie des milliers d’agriculteurs et de pêcheurs – hommes et femmes de la terre et de la mer – qui ont subi de graves pertes économiques, matérielles et culturelles, ainsi que le stress émotionnel qui en découle, à la suite des attaques menées par le régime d’occupation israélien contre leurs terres agricoles, leurs récoltes, leurs bateaux, leurs stocks de semences, leur matériel, leurs infrastructures d’irrigation et leurs puits.

La destruction des systèmes alimentaires en Palestine ne constitue pas un événement historique isolé. Comme l’explique l’article récent intitulé « De la Palestine à l’Île de la Tortue : la nourriture, arme du colonialisme et outil de libération », publié par Canadian Food Studies, elle s’inscrit « dans le cadre d’une attaque plus large contre la souveraineté foncière, reflétant des schémas similaires de spoliation coloniale des terres et de dévastation environnementale en Amérique du Nord ».1

En effet, tout au long de l’histoire moderne, l’alimentation et les capacités de production alimentaire ont souvent été utilisées comme des armes par les régimes coloniaux pour contrôler et déplacer les populations autochtones.

« En tant qu’experte en systèmes alimentaires, je sais que la famine provoquée est un outil du colonialisme et de la guerre depuis des siècles », a déclaré Tammara Soma, maître de conférences à l’École de gestion des ressources et de l’environnement de l’Université Simon Fraser à Vancouver, au Canada. « Cela tient à cette simple vérité : contrôler l’accès à la nourriture, c’est contrôler la population. »2

Cette dynamique impériale et coloniale constitue un sujet de préoccupation constant pour l’Union Nationale des Fermiers (UNF), notamment en ce qui concerne ses implications pour la Palestine. Les membres soulignent l’importance d’établir un lien entre la dynamique impériale et coloniale de peuplement en Palestine et la dynamique identique ou similaire à l’œuvre ailleurs dans le monde, tant sur le plan historique qu’actuel, y compris au Canada, lui-même issu d’un processus de colonisation par peuplement.

« Le recours à la faim comme arme contre les peuples autochtones a une longue histoire ici au Canada, et nous nous y opposons avec la plus grande fermeté », a déclaré Wyanne Sandler, membre de l’UNF qui exploite une ferme à Nalikitquniejk, au Mi’kma’ki (Antigonish, Nouvelle-Écosse).3

« En tant que producteurs agricoles engagés à nourrir la vie, il nous est insupportable de voir Israël affamer délibérément des familles en Palestine afin de les forcer à quitter leurs terres. »4

M. Sandler est également membre du groupe de travail de solidarité avec la Palestine de l’UNF, qui a élaboré des réponses politiques au génocide perpétré à Gaza, conformément aux engagements de longue date de l’UNF en faveur de la souveraineté alimentaire, des droits de l’homme et de la justice sociale.

L’agriculture dans la Palestine antique

Depuis l’époque de la Palestine antique, l’agriculture constitue le fondement de l’économie et de la culture de la région, axées sur la subsistance. L’ancienne Jéricho, située dans la vallée du Jourdain, sur le territoire de l’actuelle Cisjordanie, est reconnue comme l’un des plus anciens sites agricoles au monde, avec des traces de culture datant d’environ 9 000 à 8 000 avant notre ère.

La Palestine antique présentait des paysages variés, allant des plaines côtières fertiles aux déserts arides et aux hautes terres, et bénéficiait d’un climat favorable. Chaque région présentait ses propres défis et opportunités en matière d’agriculture. La mer Méditerranée offrait aux pêcheurs de riches récompenses pour l’exercice de leur activité maritime.

L’agriculture palestinienne a vu le jour avec la révolution néolithique, marquée par le passage de la cueillette à l’agriculture sédentaire, et s’est développée au fil de différentes périodes, notamment l’âge du bronze, l’âge du fer et les époques romaine et byzantine, caractérisées par la culture de ce que l’on a appelé la « triade méditerranéenne » : les céréales, la vigne et les olives.

Avant la Nakba de 1948 (terme arabe signifiant « catastrophe »), au cours de laquelle quelque 500 villages palestiniens ont été détruits et environ 750 000 Palestiniens ont été expulsés de leur patrie historique afin de permettre la création de l’État d’Israël, l’agriculture palestinienne constituait le pilier de l’économie palestinienne. Ce secteur était profondément ancré dans les savoirs traditionnels et se caractérisait par une agriculture de subsistance (en arabe, « fellahin », qui signifie « paysans ») côtoyant des secteurs commerciaux en pleine expansion, tels que les exportations d’agrumes.

Au XIXe siècle, les élites urbaines ont tiré parti des réformes ottomanes pour se moderniser, en reliant les produits locaux aux marchés mondiaux grâce au chemin de fer et à des ports modernisés. Alors que les agriculteurs arabes palestiniens s’appuyaient sur des méthodes traditionnelles, les colonies sionistes ont introduit davantage de mécanisation dès les années 1940, notamment des tracteurs, des engrais chimiques et des bateaux à moteur pour la pêche, qui ont ensuite été intégrés aux pratiques agricoles et halieutiques palestiniennes.

Le blé et l’orge constituaient les principales cultures, représentant environ 75 % des terres cultivées, principalement destinées à la consommation locale. La culture de l’olivier, de la vigne et des agrumes prospérait notamment dans les zones côtières. Outre les cultures de base, les agriculteurs palestiniens pratiquaient une agriculture intensive sur les versants en terrasses et dans les champs de dunes côtiers, en puisant dans les nappes phréatiques souterraines pour l’irrigation.

Avant la Nakba de 1948, l’agriculture palestinienne comprenait à la fois des cultures de subsistance locales et des activités d’exportation hautement commercialisées. Ce secteur était étendu et très productif, couvrant plus de 2,99 millions de dunams (300 000 hectares). En 1945, les fermiers palestiniens produisaient plus de 90 % du tabac, 92 % des céréales, 99 % des olives et 95 % des melons cultivés dans la région.

Depuis la Nakba de 1948, cependant, la destruction des systèmes alimentaires palestiniens et des capacités de production alimentaire constitue une tactique clé de la stratégie globale d’Israël visant à procéder à un nettoyage ethnique, à expulser, voire à exterminer, la population palestinienne des territoires palestiniens occupés.

Le 7 octobre 2023 et le creuset du génocide à Gaza

À la suite de l’élection démocratique du Hamas en 2007, Israël a imposé un blocus terrestre, aérien et maritime strict, qui s’inscrivait dans la continuité du siège partiel de Gaza qu’il avait instauré dans les années 1990. Dans les milieux internationaux de défense des droits de l’homme, ce blocus a été qualifié de « prison à ciel ouvert » pour Gaza. Le renforcement du siège a sévèrement limité la circulation des personnes et des marchandises, notamment l’accès des agriculteurs à leurs champs et celui des pêcheurs à leurs zones de pêche. La crise humanitaire de longue durée qui en a résulté a été aggravée par les récents développements politiques et militaires.

L’oppression implacable exercée par le régime israélien à l’encontre des habitants de Gaza et sa stratégie à long terme consistant à utiliser la nourriture comme arme ont fait l’objet d’une attention internationale bien plus vive à partir du 7 octobre 2023. Ce jour-là, des groupes armés palestiniens de résistance à l’occupation, menés par le Hamas,5 ont franchi la frontière est entre Gaza et Israël. Cette incursion a entraîné la mort d’environ 1 200 Israéliens, tandis que 250 autres ont été pris en otage par le Hamas.6

Le régime israélien est accusé d’utiliser cette attaque comme prétexte pour relancer, accélérer, intensifier et étendre le nettoyage ethnique de Gaza qu’il a entamé en 1948, lors de la création d’Israël. Il a lancé une vaste campagne de terre brûlée recourant à des bombardements intensifs et à d’autres tactiques militaires dévastatrices qui, à son apogée, s’est poursuivie pendant plus de deux ans. Le massacre des Gazaouis et la destruction de leurs biens n’ont pas pris fin : ils se sont transformés en une campagne de moindre intensité.

Au moment où j’écris ces lignes, le bilan officiel établi par ce qui reste du ministère de la Santé de Gaza s’élève à 72 594 morts et 172 404 blessés. Et bien sûr, bon nombre de ces blessés ont subi des blessures qui ont bouleversé leur vie et qui, dans de nombreux cas, mettent leur vie en danger. Un nombre indéterminé de Gazaouis restent ensevelis sous les décombres. Des centaines de milliers de personnes ont été reléguées dans des camps de tentes où l’accès à la nourriture et à l’eau potable est insuffisant et où les maladies mortelles se propagent de plus en plus.

Une commission d’enquête indépendante des Nations Unies, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les territoires palestiniens occupés (Francesca Albanese), de nombreux spécialistes israéliens du génocide, ainsi que de nombreuses organisations internationales de défense des droits de l’homme ont conclu que les attaques systématiques menées par Israël contre Gaza constituaient un « génocide » au sens de la Convention des Nations Unies sur le génocide (1948), du droit international humanitaire coutumier et du droit international des droits de l’homme.

La destruction des capacités agricoles, halieutiques et de production alimentaire de Gaza est devenue l’un des nombreux fronts simultanés de la campagne menée par le régime israélien en vue d’un nettoyage ethnique de l’enclave, les autres fronts comprenant des attaques militaires intensives, des déplacements forcés et le refus systématique d’acheminer l’aide alimentaire humanitaire. La destruction et le pillage des terres agricoles, ainsi que l’interdiction des activités de pêche dans l’ensemble des territoires palestiniens occupés, ont atteint des niveaux sans précédent.

L’organisation La Via Campesina en Palestine (LVC Palestine), partenaire de l’UNF, a dénoncé « l’attaque délibérée du gouvernement israélien contre les infrastructures agricoles et halieutiques [des Palestiniens] ». Elle a déclaré que l’utilisation de l’alimentation comme arme par le gouvernement israélien risquait de plonger des millions de personnes dans la famine, causait également des dégâts environnementaux catastrophiques et menacerait les moyens de subsistance des agriculteurs [et des pêcheurs] palestiniens à long terme.7

La dégradation et la destruction de l’agriculture à Gaza

Avant octobre 2023, l’agriculteur palestinien Mohammed al-Slakhy et sa famille exploitaient un complexe de serres de 7,5 acres dans le quartier de Zeitoun, à Gaza. Ils produisaient de grandes quantités de légumes, notamment des courgettes, des concombres, des tomates, des poivrons et des aubergines, destinés à la vente.

« J’ai appris l’agriculture auprès de mon père et de mon grand-père », a déclaré M. al-Slakhy à Al Jazeera. « Notre exploitation produisait autrefois des récoltes abondantes et de grande qualité destinées au marché local ainsi qu’à l’exportation vers la Cisjordanie et l’étranger. »

Au cours de la période 2024-2025, l’armée israélienne a rasé le complexe de serres de la famille Al-Slakhy. Ont également été détruits l’ensemble du réseau d’irrigation de l’exploitation, ses neuf puits d’irrigation, deux installations solaires et deux usines de dessalement.

« Tout ce que nous avions a été détruit… »,a déclaré 8 a déclaré M. al-Slakhy.

Les pertes subies par la ferme de la famille al-Slakhy ne constituent pas un cas isolé. Elles reflètent les dégâts considérables infligés à la capacité de production alimentaire et à la souveraineté alimentaire du peuple palestinien.

Avant octobre 2023, l’agriculture de Gaza représentait 11 % du produit intérieur brut du territoire (environ 575 millions de dollars américains) et 45 % de ses exportations. Les fermiers palestiniens de la région cultivaient des oliviers et des agrumes, ainsi que du raisin, des goyaves, des dattes, des palmiers et des figues. Ils cultivaient également des fruits, des légumes et des fleurs plus délicats dans des tunnels hauts ou d’autres structures de protection telles que des serres.9

Par ailleurs, avant octobre 2023, la production alimentaire à Gaza faisait vivre plus de 560 000 producteurs grâce à l’agriculture, à la pêche et à l’élevage. « Gaza n’était pas autosuffisante sur le plan alimentaire, mais [elle] produisait tout de même un nombre important de produits », a déclaré le Dr Mazin Qumsiyeh, « biologiste et défenseur de la justice sociale à l’université de Bethléem, en Cisjordanie ».10

Au sein du secteur agricole, c’est celui de l’olivier qui a été le plus durement touché. Les autorités ont recensé la destruction de plus de 91 000 oliviers, par déracinement, incendie, bris de branches et interdiction d’accès pendant la saison des récoltes. Parmi les autres atteintes portées à l’agriculture palestinienne à Gaza, on peut citer le vol ou l’abattage de plus de 5 000 moutons, d’une valeur d’environ 1,8 million de dollars américains. L’apiculture a également été prise pour cible, avec des pertes s’élevant à plus de 154 000 dollars américains.

En août 2025, des rapports de l’ONU et d’autres organisations indiquaient que la quasi-totalité des terres fertiles de Gaza était inutilisable à des fins agricoles, 98,5 % des terres cultivables étant classées comme inutilisables en raison des bombardements, des travaux de nivellement au bulldozer ou de la saisie par les Forces de défense israéliennes (FDI) à l’intérieur de la « ligne jaune ». À la suite du soi-disant cessez-le-feu d’octobre 2025,11 l’armée israélienne a établi la Ligne jaune afin de diviser la bande de Gaza en deux parties. Parmi la partie de Gaza échappant au contrôle israélien, seuls 5 % restent propices à la culture.12

Omran Al-Khasawneh, consultant agricole et expert en sécurité alimentaire, a déclaré à Al Jazeera que les bombardements intensifs menés par Israël avaient contaminé les sols avec des métaux lourds tels que le plomb, le mercure, le cuivre et le chrome. L’accumulation de ces métaux est toxique pour les plantes. Elle entrave la capacité de leurs racines à absorber les nutriments essentiels, réduisant ainsi le rendement des cultures.13

La crise est encore aggravée par la destruction généralisée des infrastructures agricoles : plus de 1 100 puits et 450 000 mètres linéaires de réseaux d’irrigation ont été détruits, ainsi qu’environ 12 500 serres.14

Outre cette destruction gratuite, Israël continue d’empêcher l’entrée de moyens de production agricoles essentiels, notamment des engrais, des semences, des pesticides et des pièces de rechange pour les machines agricoles, ce qui entrave gravement tous les efforts visant à rétablir la production agricole.

L’attaque contre le secteur de la pêche à Gaza sape encore davantage la souveraineté alimentaire palestinienne

Le 8 octobre 2025, Ismail Farhat et un autre pêcheur ont pris la mer depuis le rivage de Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, à bord d’une petite barque qu’il avait construite lui-même. Un bateau de pêche plus grand, dont il était propriétaire, avait été détruit lors d’un bombardement israélien. Peu après avoir quitté le port, un navire de la marine israélienne s’est approché de la petite embarcation de M. Farhat et lui a ordonné de « se rendre ».

« Ils nous ont ordonné de nous déshabiller, de sauter à la mer et de nager jusqu’à leur bateau », a déclaré Farhat à Middle East Eye. « Ils ont commencé à m’insulter et à me frapper… Ils m’ont dit que j’appartenais au Hamas et que je me faisais passer pour un pêcheur. Chaque fois que je levais la tête ou que je prononçais un mot, ils me frappaient et m’insultaient avec des propos obscènes. »

Farhat a été détenu pendant deux mois à Sde Teiman, un centre de détention israélien tristement célèbre où les détenus palestiniens sont soumis à de graves actes de torture et contraints de rester à genoux pendant de longues périodes. « Vous vivez 24 heures sur 24 les mains menottées. Il nous était interdit de parler, interdit de nous pencher d’un côté ou de l’autre… Nous n’avions pas le droit d’avoir un matelas. Je dormais sur un treillis métallique », a-t-il ajouté.

Le parcours de Farhat est similaire à celui de centaines d’autres pêcheurs de Gaza qui ont été arrêtés, emprisonnés, torturés, voire tués – leur seul crime : pêcher dans les eaux côtières comme le faisaient leurs ancêtres avant eux.

Historiquement, l’essentiel de l’activité de pêche palestinienne s’est exercée dans le sud-est de la mer Méditerranée, au large de la bande de Gaza, les zones de pêche s’étendant le long des 45 km de littoral de Gaza. Le port principal et le centre névralgique de la majeure partie de l’activité de pêche de Gaza se trouvent à la ville de Gaza.

L’attaque menée par le régime israélien contre le secteur de la pêche palestinien a précédé le génocide. Depuis des décennies, Israël recourait à un blocus naval pour restreindre les zones dans lesquelles les habitants de Gaza sont autorisés à pêcher, afin de contrôler l’activité commerciale. Or, la zone de pêche autorisée a été réduite de manière sporadique à trois milles marins, voire moins, ce qui est bien en deçà des 20 milles marins convenus dans les accords d’Oslo.15

Depuis le 7 octobre 2023, ces mesures de répression se sont intensifiées. Les forces navales israéliennes ouvrent fréquemment le feu sur des bateaux de pêche, les poursuivent et utilisent des drones pour frapper des bateaux et des sites de débarquement sur le rivage. On estime à 232 le nombre de pêcheurs tués depuis lors.16

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’intensification des attaques depuis octobre 2023 a détruit environ 72 à 95 % des infrastructures et des moyens de pêche de Gaza. Plus de 6 000 pêcheurs ont perdu leurs moyens de subsistance, et les prises quotidiennes ont chuté à moins de 8 % de leurs niveaux antérieurs. La pêche à Gaza, qui constituait autrefois une source majeure de nourriture et de revenus pour les Gazaouis, a été réduite à moins de 10 % de son niveau d’avant octobre 2023.

La destruction systématique des capacités agricoles, halieutiques et de production alimentaire de Gaza, conjuguée aux restrictions persistantes imposées à l’aide humanitaire, constitue une grave menace pour la sécurité alimentaire du peuple palestinien, tant à court qu’à long terme. Elle a plongé une grande partie de la population de Gaza dans des conditions proches de la famine.17

Malgré un « cessez-le-feu » négocié par les États-Unis et signé par le Hamas et le gouvernement israélien en octobre 2025, et malgré l’absence de couverture médiatique dans la presse grand public, le génocide à Gaza se poursuit, bien qu’à un rythme moins intense. Au moment où nous écrivons ces lignes, plus de 800 Gazaouis ont été tués et près de 3 000 blessés depuis la signature d’un « cessez-le-feu » le 10 octobre 2025.18

Accélération de l’annexion des terres palestiniennes en Cisjordanie

Le génocide à Gaza a détourné l’attention internationale de la Cisjordanie, où Israël contrôle une grande partie des terres agricoles. Les empiétements des colons israéliens sur les terres agricoles palestiniennes, y compris les terres cultivées, souvent ignorés ou encouragés par l’armée israélienne, se sont considérablement intensifiés depuis octobre 2023, avec une annexion tant légale que de facto.

Le ministère palestinien de l’Agriculture a fait état de 103 millions de dollars de pertes agricoles directes en Cisjordanie en 2025, en raison de l’intensification des violences commises par les colons et des restrictions militaires israéliennes. Parmi les conséquences majeures, on peut citer la destruction de plus de 91 900 oliviers, le vol ou l’abattage de milliers de têtes de bétail, ainsi que les restrictions d’accès aux terres, qui ont gravement perturbé le secteur vital de l’huile d’olive.

L’expansion des colonies en Cisjordanie « va aggraver les déplacements forcés des familles d’éleveurs, restreindre davantage l’accès aux marchés et aux terres, et consolider l’infrastructure d’apartheid qui divise les communautés palestiniennes entre elles et les sépare de leurs moyens de subsistance », selon LVC Palestine, partenaire de l’UNF.

L’annexion de la Cisjordanie, a déclaré LVC Palestine, porte directement atteinte à la souveraineté alimentaire palestinienne en privant systématiquement les Palestiniens de leur droit de contrôler leurs propres terres, leur eau, leurs semences et leur production agricole.19

L’annexion est directement liée au génocide à Gaza. Ce lien s’inscrit dans une stratégie politique globale visant à obtenir « un maximum de territoire avec un minimum de population », selon le Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

La destruction des « fondements de notre vie agricole »

« Pour l’agriculture palestinienne, [la destruction par Israël des capacités de production alimentaire] constitue un acte délibéré de dépossession et de fragmentation qui détruira des zones agricoles essentielles, des pâturages et des voies d’accès à l’eau », a déclaré LVC Palestine. Il s’agit d’« une poursuite de la campagne systématique menée par Israël pour éliminer les fondements de notre vie agricole ».

L’attaque systématique menée par le régime israélien contre les capacités de production alimentaire palestiniennes constitue la pierre angulaire de sa stratégie coloniale de peuplement : effacer la présence rurale palestinienne, exproprier les ressources agricoles et les remplacer par des enclaves de colons militarisées. Alors que les agriculteurs sont coupés de leurs terres, que les éleveurs sont repoussés vers des zones de plus en plus restreintes et inhabitables, et que l’accès à la mer est refusé ou limité aux pêcheurs, la destruction par Israël des systèmes alimentaires palestiniens s’accélère. Le régime israélien sait que pour contrôler la terre et la mer, il doit déraciner et déstabiliser les populations qui nourrissent et entretiennent la terre et les ressources halieutiques.

L’avenir de l’agriculture et de la pêche palestiniennes en Palestine

À l’heure actuelle, l’avenir de l’agriculture et de la pêche palestiniennes en Palestine fait l’objet de sombres spéculations. À Gaza, le « plan de paix pour Gaza » du président américain Donald Trump et son « Conseil de la paix » annoncent une réalité dystopique inquiétante : la transformation de Gaza en une station balnéaire de luxe clinquante, parsemée de gratte-ciel, et en terrain de jeu pour les riches et les puissants de ce monde.

Comment les agriculteurs et les pêcheurs palestiniens, ceux-là même qui sont autorisés à rester à Gaza, s’en sortiraient-ils dans un tel contexte de néocolonialisme de peuplement ? Quel sort leur serait réservé sous un tel système, si ce n’est celui de serviteurs ? Et un sort similaire, celui de vassaux, attend-il les Palestiniens d’une Cisjordanie de plus en plus annexée et repeuplée ?

En novembre dernier, invoquant la destruction systématique par Israël des infrastructures agricoles de Gaza et le recours délibéré à la famine comme arme, les membres de la NFU ont adopté, lors de leur congrès national, une « résolution historique » visant à rejoindre le mouvement mondial de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) « en solidarité avec la lutte du peuple palestinien pour la liberté, la justice et l’égalité ». Cette résolution reconnaît et soutient le droit du peuple palestinien à atteindre la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire selon ses propres conditions et sur son propre territoire.

« La souveraineté alimentaire est une valeur fondamentale de l’UNF », a déclaré Hannah Dwyer, qui exploite une ferme sur les terres des Sinixt, des Ktunaxa et des Syilx, près de Nelson, en Colombie-Britannique. « Nous soutenons le droit de tous les agriculteurs – de l’Île de la Tortue à la Palestine – à nourrir leurs familles et leurs communautés en toute sécurité, dignité et liberté. »20 Et la souveraineté alimentaire reste un aspect crucial de la résistance pour les Palestiniens et les peuples autochtones du monde entier.

La résolution encourage également les membres de l’UNF à mettre en œuvre des stratégies BDS au sein de leurs propres exploitations agricoles. Elle a en outre vivement exhorté le gouvernement fédéral à imposer des sanctions diplomatiques et économiques à Israël, notamment un embargo complet (bilatéral) sur les armes. « Le gouvernement fédéral doit agir immédiatement pour sanctionner Israël, rompre les accords commerciaux et cesser de fournir des armes à un État qui commet un génocide », a déclaré M. Dwyer.

La résistance n’est jamais vaine

Au moment où j’écris ces lignes, la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, qui a débuté le 28 février 2026 – sans provocation et en violation du droit international –, menace d’embraser l’ensemble de la région du Moyen-Orient et de plonger le monde dans le chaos économique. Ses répercussions risquent d’aggraver encore la misère des Palestiniens dans l’ensemble des territoires palestiniens occupés.

Mais la résilience et la détermination dont font preuve les agriculteurs palestiniens comme Alia et Al-Slakhy, les pêcheurs comme Farhat, et plus généralement l’ensemble des Palestiniens, sont légendaires et saluées ; elles se concrétisent dans leurs efforts incessants pour résister à l’occupation et à la campagne menée par Israël pour les chasser de leurs terres ancestrales et de leurs eaux côtières.

Parmi les symboles palestiniens de la résistance face aux ambitions sionistes israéliennes, l’olivier est considéré comme le plus puissant. Selon TRT World, la destruction et le déracinement des oliveraies séculaires, telles que celles d’Alia, une fermière de Cisjordanie, constituent souvent un traumatisme à la fois écologique et symbolique. Leur disparition peut entraîner un profond chagrin, la perte d’un patrimoine et un désespoir économique.

Mais « L’olivier n’est jamais simplement un arbre », a déclaré Ajith Sunghay, directeur du Bureau des droits de l’homme des Nations unies dans les territoires palestiniens occupés, à Oxfam International en octobre 2025. « Il incarne les moyens de subsistance et l’héritage ancestral, la résilience et l’économie, ainsi qu’un lien historique unissant les Palestiniens à leur terre.21

La détermination des Palestiniens est si inébranlable que, selon la FAO, même ceux qui ont été victimes des bombardements et déplacés à Gaza prennent le risque de cultiver parmi les décombres ou sur de petites parcelles de terre, souvent contaminées, afin de subvenir aux besoins de leur famille.

Comme le dit Gassan Abu Alia, oléiculteur de Cisjordanie, en parlant des occupants israéliens : « Nous semons la vie. Eux, ils sèment la destruction. »

« En tant que Palestiniens, nous avons toujours considéré l’agriculture comme un élément incontournable de notre culture et de notre identité », a déclaré Omran Al-Khasawneh, expert en sécurité alimentaire. « Malgré les destructions massives, nous continuons de croire en notre capacité à créer quelque chose à partir de rien – pour montrer que, malgré tout, nous pouvons encore renaître de nos cendres et prendre un nouveau départ, à l’image du phénix. »22


  1. « De la Palestine à l’Île de la Tortue : la nourriture, arme du colonialisme et outil de libération », Sarah Rotz, Charles Z. Levkoe, Martha Stiegmanc, Mustafa Kocd, Indra Singhe, Max Ajlf, Yafa El Masrig et Justin Podurh, décembre 2024. ↩︎
  2. « L’utilisation de la nourriture comme arme est une stratégie de guerre qui a fait ses preuves. Nous laissons cela se reproduire à Gaza », AnalystNews, 27 mars 2024. ↩︎
  3. « L’Union Nationale des Fermiers appelle à des campagnes de boycott et de désinvestissement pour mettre fin à l’occupation israélienne de la Palestine », Union Nationale des Fermiers, 27 novembre 2025. ↩︎
  4. Ibid. ↩︎
  5. Le Hamas, dont le nom signifie « Mouvement de résistance islamique », est un groupe militant islamiste sunnite palestinien et une organisation politique qui gouverne la bande de Gaza depuis 2007. ↩︎
  6. Une commission d’enquête des Nations Unies a conclu que ces attaques constituaient des violations du droit international humanitaire et du droit relatif aux droits de l’homme, s’apparentant à des crimes de guerre et , dans certains cas, à des crimes contre l’humanité. ↩︎
  7. « L’Union Nationale des Fermiers (UNF) continue de défendre les droits des Palestiniens et appelle à un cessez-le-feu durable entre Israël et la Palestine », communiqué de presse, Union Nationale des Fermiers, novembre 2025. ↩︎
  8. « Les agriculteurs de Gaza bravent les balles israéliennes pour redonner vie à leurs champs », par Abdallah Al-Naami, 21 février 2026, Commission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, Al Jazeera. ↩︎
  9. « 98 % des terres cultivées et arborées de Gaza ont été détruites au cours de plus de deux ans de conflit », EOS, 23 décembre 2025. ↩︎
  10. « L’Union géophysique américaine offre une tribune aux discours anti-israéliens », Israel Academic Monitor, 24 décembre 2025. ↩︎
  11. La « ligne jaune » est une ligne de démarcation militaire de facto qui divise la bande de Gaza en deux parties depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025. Elle constitue une zone tampon « rampante », souvent délimitée par des blocs de béton jaunes et la présence de soldats, Israël contrôlant les 53 à 58 % orientaux du territoire, tout en confinant les Palestiniens dans une zone occidentale plus restreinte. ↩︎
  12. « La guerre menée par Israël ne laisse que 5 % des terres cultivables exploitables à Gaza : ONU », TRT World, mai 2025. ↩︎
  13. Ibid. ↩︎
  14. Ibid. ↩︎
  15. Les accords d’Oslo constituent une série d’accords signés entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) entre 1993 et 1999. Ils devaient aboutir, d’ici 1999, à un « accord sur le statut définitif » censé « instaurer une paix juste, durable et globale » entre Israéliens et Palestiniens. Les objectifs de ces accords, notamment la solution à deux États, n’ont jamais été atteints. « Dossier explicatif : Les accords d’Oslo », Institute for Middle East Understanding, 1er septembre 2023. ↩︎
  16. « Israël a tué au moins 232 pêcheurs à Gaza depuis le début de la guerre contre l’enclave, un secteur dévasté », Rédaction de The New Arab, 4 janvier 2026. ↩︎
  17. « Un rapport mondial sur la faim met en garde contre un retour rapide de la famine dans la bande de Gaza », Al Jazeera, avril 2026. ↩︎
  18. Channel 4 News, 20 mars 2026. https://www.youtube.com/shorts/oo17bLG8aF8 ↩︎
  19. La souveraineté alimentaire, telle que définie par LVC Palestine, est le droit des peuples, tels que les Palestiniens, à une alimentation saine et adaptée à leur culture, produite selon des méthodes respectueuses de l’environnement, ainsi que leur droit à définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles. ↩︎
  20. « L’Union Nationale des Fermiers appelle à des campagnes de boycott et de désinvestissement pour mettre fin à l’occupation israélienne de la Palestine », Union Nationale des Fermiers, 27 novembre 2025. ↩︎
  21. « L’olivier, c’est notre résistance », par Abbas Melhem, Oxfam International, octobre 2025. ↩︎
  22. « Les Palestiniens de Gaza souhaitent reconstruire leurs systèmes alimentaires. Israël les en empêche », par Shahad Ali, Truthout, 26 avril 2025. ↩︎