National | Communiqué de presse

Les centres alimentaires constituent un remède contre l’oligarchie du secteur de l’épicerie au Canada

Les centres de distribution alimentaire doivent disposer de ressources suffisantes s’ils veulent devenir des pôles des systèmes alimentaires locaux

S’ils sont financés adéquatement, les centres alimentaires pourraient constituer des solutions de rechange socialement justes et durables aux grands supermarchés. L’été dernier, le gouvernement a annoncé la création d’un nouveau Fonds de liaison alimentaire de 1 milliard de dollars, dans le cadre de la Stratégie nationale de sécurité alimentaire (SNSA), dont 450 millions de dollars serviront à soutenir les centres alimentaires partout au pays au cours des dix prochaines années. L’Union nationale des fermiers (UNF) estime que l’engagement du gouvernement envers les centres alimentaires régionaux est insuffisant. Cette somme de 450 millions de dollars représente moins de 7 % du total des bénéfices nets du secteur canadien de l’épicerie au détail en 2025. Le Fonds de liaison alimentaire devrait servir à créer un marché stable pour les agriculteurs qui vendent directement aux consommateurs et à renforcer les alternatives aux grandes chaînes d’épiceries.

Les centres alimentaires peuvent constituer la pierre angulaire des systèmes alimentaires régionaux en améliorant l’accès aux aliments locaux, en élargissant l’éventail des choix offerts aux établissements publics et aux épiciers, et en décentralisant la distribution alimentaire. Pour être efficaces, l’UNF estime que ces centres doivent intégrer des infrastructures de transformation, offrir aux agriculteurs un marché garanti et la possibilité de tirer profit de la valeur ajoutée, et assurer aux entreprises régionales de transformation un approvisionnement stable en aliments frais et locaux.

Le Fonds de liaison alimentaire offre la possibilité de rétablir les infrastructures alimentaires manquantes afin de répondre aux besoins des fermes et des transformateurs alimentaires régionaux. Des centres de distribution alimentaire dotés de ressources suffisantes peuvent renforcer l’autonomie et le pouvoir des agriculteurs, tout en redynamisant les collectivités rurales. Par exemple, ces centres peuvent compléter les ventes directes, réduire le gaspillage alimentaire, ainsi que simplifier et élargir l’approvisionnement en aliments frais des restaurants locaux et des institutions gouvernementales.

Les centres alimentaires peuvent également constituer une option durable sur les plans environnemental et social pour le secteur canadien de la transformation alimentaire, qui est très concentré. Les infrastructures de transformation situées au sein des centres ou à proximité peuvent soutenir les nouveaux transformateurs à petite échelle de produits alimentaires locaux et régionaux. La transformation au sein des centres alimentaires pourrait inclure le classement des œufs, la mouture, la boulangerie, la découpe de viande, l’emballage, la mise en conserve et l’entreposage frigorifique. Les centres alimentaires régionaux constituent également un cadre naturel pour la formation aux compétences essentielles menant à des emplois offrant un salaire décent, notamment en matière de salubrité alimentaire, de découpe de viande et de transformation.

« En Nouvelle-Écosse, nous voyons là une occasion de mettre davantage de producteurs locaux en relation avec des acheteurs en gros et des établissements. Mais pour que ces liens fonctionnent, il faut du personnel, des installations d’entreposage, des moyens de transport et du temps. Les centres alimentaires ont besoin d’un soutien durable, au-delà du financement initial des infrastructures, afin de pouvoir mettre en place un service fiable pour les producteurs et les acheteurs », explique Eli Milton, membre de l’UNF et Directeur général de la coopérative « Halifax Regional Food Hub ».

Seulement 450 millions de dollars du Fonds de liaison alimentaire, d’une enveloppe totale de 1 milliard de dollars, seront alloués à 20 à 40 centres de distribution alimentaire à travers le pays. L’UNF craint que le Fonds de liaison alimentaire ne donne lieu qu’à une série de projets pilotes de centres de distribution alimentaire au Canada, qui se retrouveront privés de soutien public une fois que le Fonds sera épuisé. « Le financement de démarrage ne suffira pas (lien en anglais seulement) à lui seul à établir un réseau de centres alimentaires financièrement autonomes. Les centres alimentaires auront plutôt besoin d’un financement sûr et durable pour les aider à couvrir leurs coûts d’exploitation pendant qu’ils développent leurs capacités, s’adaptent aux conditions propres à chaque région et gagnent en envergure et en complexité », explique Katie Sardinha, membre de l’UNF et Vice-présidente de la coopérative LocalMotive Farmers Network.

Les centres alimentaires pourraient contribuer à remédier à l’inflation galopante des prix des aliments en proposant des produits locaux à des prix égaux ou inférieurs à ceux du marché. Ils peuvent également constituer le maillon manquant (lien en anglais seulement) entre les fermes régionales et les établissements tels que les prisons, les écoles, les hôpitaux et les universités. Le fait d’exiger que les programmes financés par les fonds publics — comme le Programme national d’alimentation scolaire — achètent une proportion fixe de leurs aliments auprès de ces centres créerait une demande stable pour les produits agricoles.

L’UNF soutient que les nouvelles plateformes alimentaires devraient être détenues par les pouvoirs publics, par des coopératives ou par des agriculteurs qui en assureraient également l’exploitation. Par exemple, en Colombie-Britannique, la plateforme alimentaire de Summerland fonctionnera sous la forme d’un partenariat entre une coopérative de producteurs à but non lucratif (la coopérative LocalMotive Farmers Network) et un organisme de transformation à but non lucratif (l’Okanagan Food and Innovation Centre).

Le gouvernement doit préciser clairement qui bénéficiera des fonds du Fonds de liaison alimentaire. Nous ne pouvons pas compter sur les distributeurs et grossistes alimentaires privés, qui détiennent déjà une part de marché bien établie, pour gérer des centres de distribution alimentaire dans l’intérêt public. Ni les entreprises bien établies, ni les grands distributeurs comme Sysco et Gordon Food Services, ni les jeunes entreprises technologiques dotées de divisions de livraison, comme Uber et DoorDash, ne permettront d’assurer la sécurité alimentaire.

À l’heure actuelle, le Fonds de liaison alimentaire relève davantage d’un geste symbolique que d’un engagement à réinvestir dans la production et la distribution alimentaires nationales. Le Fonds de liaison alimentaire doit consacrer davantage de ressources à la création de centres alimentaires performants et durables, qui se caractérisent par leur capacité à stimuler et à maintenir un soutien fiable à une économie alimentaire régionale en pleine croissance. Un investissement soutenu dans les centres alimentaires représente une occasion de créer, au Canada, des systèmes de distribution alimentaire équitables et axés sur la collectivité, qui favoriseront l’établissement et la croissance de la prochaine génération de fermiers dans ce pays.