National | Communiqué de presse

L’unité de multiplication des semences de la ferme expérimentale d’Indian Head est essentielle à la souveraineté semencière du Canada

Afin de réaliser une économie de seulement 27 millions de dollars par an, Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) prévoit de fermer sept centres de recherche agricole publics, dont la ferme expérimentale d’Indian Head, en Saskatchewan, qui est au service des agriculteurs canadiens depuis 140 ans. Cette ferme de recherche bénéficie d’un emplacement idéal pour la sélection végétale et la production de semences de nombreuses cultures, grâce à ses sols, à son climat, aux niveaux de prévalence des maladies des plantes et des ravageurs, ainsi qu’à sa topographie plate. La ferme dispose d’installations et d’équipements spécialement conçus à cet effet et, surtout, ses terres de recherche ont été soigneusement entretenues par des générations de scientifiques et de techniciens.

La ferme de recherche d’Indian Head abrite également l’Unité de multiplication des semences (UMS) d’AAC, un élément essentiel de notre système de semences certifiées. L’UMP gère des stocks de semences de sélection pour plusieurs centaines de variétés appartenant à plus de trente types de cultures. Ces variétés de céréales, de légumineuses, de graines oléagineuses et de cultures fourragères sont cultivées sur plus de 20 millions d’acres à travers le Canada.

Toutes les semences certifiées peuvent être retracées jusqu’à la semence d’origine de cette variété, enregistrée par l’obtenteur. Le Canada distingue cinq niveaux de statut de semences certifiées – « Breeder », « Select », « Foundation », « Registered » et « Certified » – qui indiquent le nombre de générations écoulées depuis les semences produites à l’origine par un obtenteur reconnu. Chaque niveau est assorti de normes en matière de production, d’inspection, de documentation et de qualité finale auxquelles il faut se conformer pour que ce statut soit officiellement reconnu.

L’Unité de sélection (SIU) reproduit les semences reçues des sélectionneurs afin de garantir un approvisionnement sûr en semences de sélection pures pour la variété, et les multiplie pour fournir aux producteurs de semences certifiées les semences nécessaires à la production de semences certifiées, qu’ils vendent ensuite aux agriculteurs qui cultivent des cultures commerciales destinées à la vente. Toutes les semences certifiées que les fermiers achètent pour produire des cultures de plein champ peuvent être retracées, via la SIU, jusqu’au sélectionneur d’origine de la variété.

La SIU a bénéficié d’un sursis temporaire : l’AAFC lui permet de poursuivre ses activités jusqu’à la fin de la saison de culture 2026. Le 16 juillet, le gouvernement fédéral et le gouvernement de la Saskatchewan ont signé un protocole d’accord visant à « explorer les pistes possibles » pour assurer la poursuite des activités des fermes de recherche d’Indian Head et de Scott pendant leur « cession prévue ». Toutefois, cet accord n’est pas contraignant et aucune annonce publique n’a été faite indiquant que la SIU continuerait à fonctionner à la ferme de recherche d’Indian Head au-delà de 2026.

L’AAFC continue d’évoquer des projets visant à « déplacer » l’Unité de recherche sur les semences (SIU), en partie vers des terres irriguées situées près d’Outlook, en Saskatchewan, et le reste vers un site proche de Saskatoon. Aucun de ces deux emplacements n’est aussi adapté à la production de semences de sélection que la ferme de recherche d’Indian Head. Ces sites ne disposent ni des parcelles ni des installations nécessaires pour nettoyer, trier, stocker et désinfecter de petits lots de semences dans des conditions adéquates permettant de préserver leur pureté et leur potentiel de germination. Les sols et le climat à Outlook et à Saskatoon sont suffisamment différents de ceux d’Indian Head pour que la culture de lots de semences sur ces terres soit moins prévisible, avec un risque accru d’échec et de pénurie.

Les parcelles de l’Unité de recherche sur les semences (SIU) situées à Indian Head sont gérées avec soin depuis des décennies afin d’éliminer les mauvaises herbes, en particulier les espèces nuisibles, de ces parcelles. Les variétés sont plantées selon un système de rotation strict afin d’empêcher que des plantes spontanées de variétés ou d’espèces différentes ne contaminent les lots de semences. Les semis sont effectués à l’aide de semoirs spécialement conçus pour les petites parcelles. Le bâtiment de la SIU est spécialement conçu et équipé pour assurer un stockage sûr, propre et sécurisé des centaines de lots de semences de sélection destinés aux futures plantations de la SIU et à la distribution aux producteurs de semences certifiées.

Le secteur céréalier canadien, qui représente plusieurs milliards de dollars, dépend de la possibilité pour les fermiers de disposer chaque année d’un accès fiable à des semences certifiées de haute qualité. L’SIU constitue un maillon essentiel de la chaîne qui rend cela possible.

Depuis l’annonce de ces coupes budgétaires, l’AAFC a procédé à une réduction drastique des capacités de recherche agricole publique, malgré l’opposition unanime des organisations agricoles et en dépit de la recommandation unanime de la commission de l’agriculture visant à annuler ces coupes

L’AAFC semble s’en tenir rigoureusement à une directive du Conseil des ministres imprudente et mal fondée. Le sous-ministre de l’AAFC, M. Hanson, a déclaré devant la commission de l’agriculture de la Chambre des communes que toutes les décisions de réduction des financements avaient été « prises dans le cadre du processus de confidentialité du Conseil des ministres. Nous n’avons pas mené de consultations actives au préalable ».1 Il a également indiqué au Comité que l’AAFC n’avait pas évalué les coûts liés à la fermeture des centres, au déménagement ou au remplacement des actifs, ni les pertes continues résultant de la suppression de capacités essentielles.

Le gouvernement a mis fin au débat dans les derniers jours de la session parlementaire de printemps afin d’adopter le projet de loi C-30, qui habilite le Conseil des ministres à passer outre les interdictions prononcées par l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) concernant les pesticides nuisibles à l’environnement, et d’exempter toute personne (c’est-à-dire toute entreprise), toute chose ou toute activité de l’application de toute loi ou réglementation administrée par l’Agence canadienne d’inspection des aliments – y compris la Loi sur les semences et son règlement d’application. Les antécédents du Conseil des ministres en matière de prise de décision concernant les capacités de recherche d’AAC n’inspirent guère confiance.

L’Unité de soutien à l’innovation (SIU) constitue le lien essentiel entre plus d’une décennie d’efforts scientifiques visant à produire de nouvelles variétés de semences de grande valeur et les agriculteurs qui cultivent chaque année des récoltes de haute qualité, représentant des milliards de dollars, dans des conditions de culture difficiles. La directive du Conseil des ministres ordonnant à AAC de démanteler cet élément essentiel, efficace et indispensable de notre système semencier ne peut en aucun cas être considérée comme une décision rationnelle, à moins que l’objectif ne soit, en réalité, de détruire la capacité du Canada à assurer sa souveraineté semencière.

  1. Témoignages, Commission permanente de l’agriculture et de l’agroalimentaire, 22e séance, 1re session de la 45e législature, mardi 10 février 2026. ↩︎