Le financement accordé par le Canada à l’agriculture en environnement contrôlé doit aller au-delà d’une simple politique alimentaire à bas prix
La stratégie canadienne en matière de sécurité alimentaire relative aux serres et à l’agriculture verticale ne tient pas compte des enjeux liés à l’environnement, au travail, au marché local et à l’adoption des technologies.
Pour assurer la sécurité alimentaire, il faut transformer l’ensemble du système – un investissement dans les serres et les fermes verticales ne concerne qu’une infime partie de ce système. La Stratégie nationale de sécurité alimentaire a alloué 750 millions de dollars au développement de l’agriculture en environnement contrôlé (AEC), qui comprend les systèmes de production alimentaire en intérieur tels que les serres, les fermes verticales et les installations hydroponiques. On ne voit pas clairement comment cet investissement dans l’AEC permettra de réduire le coût des aliments ou de résoudre d’autres problèmes au sein du secteur des serres au Canada. L’Union nationale des fermiers (UNF) estime que le financement de l’AEC prévu dans la Stratégie nationale de sécurité alimentaire (SNSA) doit tenir compte des répercussions des activités d’AEC au Canada sur l’environnement, les marchés locaux et la main-d’œuvre.
La SNSA devrait affecter explicitement une partie du financement de l’AEC à l’amélioration de l’efficacité énergétique et à l’atténuation des impacts environnementaux liés à la production de gaz à effet de serre (GES) associée à l’AEC. Les fournaises au gaz naturel sont utilisées pour chauffer les serres, ce qui constitue une source majeure d’émissions de GES. Le financement de l’AEC devrait tenir compte des besoins énergétiques nécessaires pour atteindre les objectifs d’expansion du secteur. En 2019, le Independent Electricity System Operator a prédit que la consommation d’énergie de l’AEC dans le sud de l’Ontario doublerait, passant de 1,4 térawattheures à 3,9 térawattheures – soit suffisamment pour alimenter plus de 300 000 foyers. La SNSA doit veiller à ce que l’expansion du secteur de l’AEC ne mette pas à rude épreuve les réseaux électriques ruraux et à ce que les nouveaux besoins énergétiques puissent être comblés par les énergies renouvelables.
Les exploitations de serres soutenues par la Stratégie nationale de sécurité alimentaire (SNSA) doivent également respecter des règles strictes en matière de ruissellement des éléments nutritifs. L’Office de protection de l’environnement de la région d’Essex, qui compte la plus forte concentration d’exploitations de serres au Canada, signale que les cours d’eau reliés aux serres présentent des concentrations plus élevées de phosphore.
Pour approvisionner davantage les Canadiens en fruits et légumes issus de l’agriculture en environnement contrôlé (AEC), il ne suffira pas d’investir uniquement dans les installations d’AEC elles-mêmes. Selon Statistique Canada, le Canada a produit près de 2,75 milliards de dollars de légumes issus de l’AMC et en a exporté 70 % en 2024, ce qui représente un pourcentage important compte tenu du fait que le Canada affiche une balance commerciale déficitaire pour les fruits frais et les légumes de plein champ.
Si le Canada doit continuer à exporter à un taux de 70 %, la production totale de l’ensemble du secteur devrait doubler pour atteindre l’objectif fixé par la SNSA, soit 1,55 milliard de dollars de produits de l’agriculture en environnement contrôlé (AEC) vendus sur le marché canadien d’ici 2032. La politique gouvernementale doit mettre en place des mesures incitatives afin d’orienter davantage de produits de l’AEC vers les consommateurs canadiens.
« L’agriculture en environnement contrôlé est le seul investissement direct que la Stratégie nationale de sécurité alimentaire ait réalisé dans le secteur agricole », déclare Jenn Pfenning, Présidente de l’UNF. « Si nous voulons devenir plus autosuffisants et renforcer notre sécurité alimentaire nationale, nous devons également investir dans la production en plein champ afin de proposer toute la variété d’aliments nécessaire pour assurer une alimentation stable aux collectivités de tout le pays. »
Seuls 100 millions de dollars sur les 750 millions de dollars que représente l’enveloppe totale de financement de l’AEC seront consacrés au renforcement des capacités d’approvisionnement en fruits et légumes frais des collectivités nordiques et éloignées. Compte tenu de la gravité de la crise liée à l’accessibilité financière des aliments dans le Nord canadien, cette somme de 100 millions de dollars est insuffisante. Des fonds supplémentaires, tant pour les activités de l’AEC que pour la distribution d’aliments nutritifs, seront nécessaires pour approvisionner les collectivités nordiques, en particulier les collectivités autochtones.
La SNSA identifie la main-d’œuvre comme un coût important pour la chaîne d’approvisionnement alimentaire et vise à réduire les coûts de main-d’œuvre liés à l’agriculture en environnement contrôlé (AEC) de 10 à 20 % au cours de la période de financement. Les activités de l’AEC reposent largement sur la main-d’œuvre migrante. Les abus en matière de conditions de travail et la surveillance numérique des travailleurs étrangers temporaires (TET) dans les serres canadiennes sont régulièrement dénoncés par des organisations telles que le Syndicat des travailleurs et travailleuses de l’alimentation et du commerce (TUAC). Pour être couronnée de succès, la SNSA doit protéger les TET contre la surveillance en milieu de travail, étendre la couverture d’assurance des employés et garantir des voies d’accès à la citoyenneté pour les travailleurs agricoles employés au Canada.
Les activités de l’AEC reposent sur des technologies coûteuses et risquées. Étant donné que le coût de mise en œuvre de ces technologies est très élevé, les grandes entreprises sont mieux à même d’en assumer les coûts, ce qui constitue un obstacle majeur à l’entrée sur le marché pour les petites et moyennes entreprises. La SNSA doit veiller à ce que les entreprises les plus importantes ne reçoivent pas la majeure partie du financement accordé dans le cadre de ce programme.
Investir dans le secteur de l’agriculture en environnement contrôlé (AEC) ne doit pas se limiter à stimuler la construction, à réduire les obstacles à l’adoption des technologies et à accroître l’efficacité. Pour que l’AEC contribue de manière significative à la souveraineté alimentaire au Canada, il faut apporter des réponses aux questions relatives à la justice au travail, à l’impact environnemental, aux économies alimentaires nationales et aux risques technologiques.
Pour plus d’informations, veuillez contacter James Hannay, analyste politique de l’UNF : hannay@nfu.ca