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Témoignage de l’UNF – Questions relatives au secteur de l’horticulture

Le 13 février, Jenn Pfenning, présidente de l’UNF, est intervenue lors de l’audition de la commission de l’agriculture de la Chambre des communes dans le cadre de son étude sur les questions relatives au secteur horticole, aux programmes d’assurance et aux aides fédérales accordées au secteur horticole, qui est plus directement touché par les aléas climatiques. La commission souhaite se pencher sur l’efficacité des programmes d’assurance et de l’aide ponctuelle accordée, ainsi que sur les solutions possibles à développer pour une plus grande résilience climatique, telles que des mesures d’adaptation au climat et des programmes visant à mieux soutenir le secteur horticole dans sa lutte contre le changement climatique.

Jenn Pfenning, présidente de l’UNF : Je suis fermière et mère de la prochaine génération de fermiers. Fondée en 1981, notre ferme familiale s’est développée pour atteindre environ 700 acres de légumes biologiques. La troisième génération sur cette terre, mes fils et mes neveux, ont choisi de faire carrière dans l’agriculture et l’alimentation au sein de l’entreprise familiale. Nous cultivons des carottes et une variété d’autres plantes racines, ainsi que des légumes verts à feuilles et des légumes à cuire. Nous sommes également un distributeur qui fournit un accès au marché à un réseau d’autres fermes locales.

Nous vous remercions de nous avoir invités à participer à votre étude sur cette question d’une importance capitale. Le Guide alimentaire canadien recommande que les produits horticoles constituent la moitié de notre assiette à chaque repas. On ne saurait trop insister sur l’importance pour le Canada d’avoir un secteur horticole florissant pour fournir ces aliments !

Je suis une fermiere – et je dois gagner ma vie. J’ai besoin de semences et de terres abordables, d’une eau appropriée pour l’irrigation lorsque cela est nécessaire, d’un rendement qui me permette de payer à mes employés un salaire équitable et de leur offrir des conditions de travail sûres, et d’un climat aussi prévisible que possible pour accomplir tout cela.

Nous savons que les GES à longue durée de vie continueront à réchauffer la planète même si nous cessons d’en émettre aujourd’hui. Nous devons nous adapter. Et nous devons réduire considérablement nos émissions. En tant que membres de la commission de l’agriculture, votre devoir est de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour réduire les émissions de l’industrie pétrolière et gazière et pour mettre un terme à la destruction des zones sauvages et de la biodiversité qui éliminent le CO2 atmosphérique.

L’ensemble actuel de mesures de gestion des risques biologiques est conçu pour les cultures à grande échelle et ne fonctionne donc pas bien pour l’horticulture, et encore moins dans le contexte du dérèglement climatique. Les coûts d’application peuvent dépasser les bénéfices potentiels en cas de déclenchement d’Agri-stabilité. La valeur élevée à l’hectare, la diversité et la périssabilité de nos cultures rendent l’évaluation des dommages si complexe qu’il est extrêmement difficile de créer des formules pour évaluer les pertes dues aux conditions météorologiques et aux tempêtes. Par conséquent, les indemnités disponibles sont faibles et risquent de ne pas être suffisantes pour maintenir les exploitations touchées en production, en particulier si les demandes d’indemnisation sont traitées si lentement que la prochaine récolte génératrice de revenus est indûment retardée.

Nous devons investir dans les infrastructures agricoles nécessaires pour nous adapter à l’évolution du climat :

  • Infrastructures de traitement de l’eau pour une irrigation durable
  • Photovoltaïque intégré dans les structures d’ombrage
  • Conception et technologie des serres intégrant l’énergie photovoltaïque et le stockage de la chaleur

Nous avons également besoin d’une sélection végétale publique de variétés de cultures horticoles adaptées aux conditions locales, mises à la disposition des cultivateurs sans droits d’auteur.

Les terres agricoles de classe 1 et 2 situées à proximité des centres urbains doivent être protégées pour assurer notre souveraineté alimentaire. Le Canada a besoin de solutions politiques pour s’assurer que ces terres sont protégées et réservées aux fermiers qui cultivent des aliments.

Pour que les fermières puissent réussir dans des conditions climatiques changeantes, l’UNF propose que l’AAC établisse une Agence canadienne de résilience agricole afin de fournir aux fermières et fermiers de l’horticulture et d’autres secteurs dans tout le pays des conseils dignes de confiance délivrés par des vulgarisateurs indépendants qui ne sont pas liés à des sociétés agro-industrielles. Avec des agronomes publics pour fournir des conseils pratiques et des chercheurs pour développer de nouvelles méthodes, les fermiers peuvent accroître la résilience de leurs exploitations face au changement climatique et produire de manière fiable les denrées alimentaires dont les Canadiens ont besoin. Il suffit de dépenser un dollar ou deux par acre de terre agricole canadienne pour obtenir l’adaptation et la résilience nécessaires. Les économies réalisées sur les pertes de récoltes et les paiements BRM dépasseraient largement le coût des services de vulgarisation, de sorte que ces services importants pour les fermières peuvent être obtenus sans coût net. En favorisant la résilience nécessaire aux fermières horticoles canadiennes, nous pouvons élargir leur part de marché et conserver dans notre économie une proportion beaucoup plus importante du dollar canadien consacré à l’alimentation.

Nous sommes ici pour faire face aux impacts climatiques qui menacent la viabilité économique de nos exploitations. Nous sommes également confrontés à une augmentation rapide des coûts de production accompagnée d’une pression à la baisse sur les prix que nous pouvons obtenir. La part du fermier dans le budget alimentaire du consommateur est faible, de sorte que les augmentations de prix des magasins d’alimentation profitent de manière disproportionnée aux grands détaillants. La concentration croissante de la propriété dans les secteurs du commerce de gros et de la transformation des aliments diminue encore nos rendements. La baisse des rendements crée un déficit structurel : la différence est prélevée sur la terre, le travail des ouvriers agricoles et le revenu des fermières.

Si l’on ne s’attaque pas à ces problèmes, les exploitations horticoles canadiennes seront de moins en moins nombreuses, nos aliments seront de moins en moins cultivés au Canada et nous serons plus vulnérables aux conditions environnementales, politiques et économiques des pays d’où proviennent les produits que nous importons.

La vision de la politique alimentaire du Canada, qui est la suivante, soutient le traitement de ces questions primordiales : “Tous les habitants du Canada ont accès à une quantité suffisante d’aliments sains, nutritifs et culturellement diversifiés. Le système alimentaire canadien est résilient et innovant, il préserve notre environnement et soutient notre économie”.

Un secteur horticole viable et résilient est un élément essentiel du système alimentaire canadien. Si nous n’aidons pas nos fermières horticoles à s’adapter au changement climatique et à en atténuer les effets, notre dépendance à l’égard des importations érodera notre souveraineté en tant que nation.