Des associations agricoles de tout le Canada s’opposent aux coupes budgétaires d’AAC dans le domaine de la recherche
Cette lettre commune des organisations agricoles a été envoyée au ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Heath MacDonald, le 9 mars 2026.
Monsieur le Ministre MacDonald :
Objet : Réductions budgétaires d’AAC dans le domaine de la recherche
Nous sommes des organisations agricoles qui, ensemble, représentons les agriculteurs canadiens d’un océan à l’autre dans le domaine de la production conventionnelle et biologique de cultures et de bétail. Nous sommes unis dans notre opposition à la fermeture des installations de recherche en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba, en Ontario, au Québec et en Nouvelle-Écosse, à la fin du Programme de recherche sur l’agriculture biologique et régénérative, et à la suppression des postes des chercheurs, des techniciens et du personnel de soutien qui mènent des recherches et exploitent les installations.
Le sous-ministre a confirmé qu’aucune consultation n’avait été menée auprès des organisations agricoles avant l’annonce des compressions. Les décideurs ont peut-être effectué une analyse coûts-avantages, mais celle-ci n’a pas tenu compte de l’ampleur de la recherche, de sa valeur pour les agriculteurs, du retour économique sur les investissements en recherche publique, des avantages synergiques de la collaboration entre les stations de recherche, de l’importance de l’empreinte géographique des stations de recherche et des fermes d’AAC, ni de la valeur irremplaçable de certains programmes et des terres des sites de recherche.
Il a été suggéré que les universités et/ou le secteur privé seraient en mesure de compenser le retrait du gouvernement fédéral de la recherche agricole publique, mais cela n’est pas réaliste.
Les universités mènent des recherches importantes et précieuses, mais elles ne peuvent remplacer la capacité de recherche d’AAC. Elles manquent de fonds, et les subventions sont à court terme, précaires et souvent liées à des partenaires commerciaux. Elles n’ont pas accès aux terres sécurisées et dédiées, ni à la stabilité, qui sont toutes nécessaires pour mener des études à long terme, des essais de sélection végétale sur plusieurs sites ou des études agronomiques. La recherche universitaire est motivée par des intérêts et des calendriers académiques, et ne correspond pas toujours aux besoins des agriculteurs.
La recherche agricole menée par les entreprises privées est naturellement dictée par des priorités commerciales et ne peut donc pas aborder tous les sujets de recherche dont les agriculteurs ont besoin ou qui sont nécessaires à la réussite à long terme du secteur agroalimentaire canadien. La sélection végétale privée se concentre sur les cultures à haut rendement, ce qui entraîne une augmentation du coût des semences pour les agriculteurs. Les cultures à faible superficie, horticoles, à pollinisation libre et fourragères pérennes ne peuvent pas offrir un retour sur investissement suffisant pour justifier la recherche commerciale privée.
Les recherches universitaires et privées fructueuses ont progressé grâce à la collaboration avec les recherches d’AAC. Par conséquent, la suppression de postes et d’installations clés réduira également leur capacité, en plus de réduire l’ensemble du système de recherche.
Le programme d’agriculture biologique et régénérative de Swift Current est à la fois unique et précieux, mais aussi vulnérable. Il soutient les méthodes alternatives de sélection végétale mises en place par les agriculteurs et s’attaque aux problèmes urgents liés à l’adaptation au changement climatique, à la réduction des intrants, aux maladies et à d’autres difficultés auxquelles sont confrontés tous les agriculteurs, qu’ils soient biologiques ou conventionnels. Cependant, en raison de l’accent mis sur les systèmes de production à faibles intrants et de la nécessité de disposer de sites d’essai gérés de manière biologique à long terme, il est moins susceptible d’être cofinancé par des chercheurs privés et plus difficile à déménéger.
La recherche publique bénéficiant d’un financement fiable à long terme et d’envergure nationale est la mieux placée pour traiter les problèmes complexes, nationaux et à long terme, tels que le changement climatique. Ces coupes budgétaires menacent les besoins de notre secteur en matière de science, de recherche et d’innovation, alors qu’il se prépare actuellement à relever l’un des plus grands défis qu’il ait jamais connus.
Les centres de recherche et les fermes dont la fermeture est prévue soutiennent également la production animale et la gestion des terres durables dans les Prairies, dans l’est du Canada et dans les Maritimes ; la recherche agronomique dans toutes les zones climatiques et tous les types de sols ; et la recherche sur la lutte contre les maladies et les ravageurs nécessaire pour faire face aux problèmes de production graves et émergents dans tout le pays. Les groupes de recherche financés à titre d’investissements stratégiques dans le cadre du Partenariat pour une agriculture canadienne durable seront également compromis par la perte de personnel et d’installations clés d’AAC.
Les centres de recherche d’AAC forment un réseau sophistiqué et intégré de sites qui servent de base aux recherches publiques menées par AAC avec des équipes de scientifiques de haut niveau, des techniciens hautement qualifiés et du personnel de soutien, en collaboration avec des organismes de recherche universitaires, à but non lucratif et privés à but lucratif. Les supprimer affaiblit l’ensemble du réseau, compromettant ainsi la capacité de recherche agricole restante du Canada.
En plus de nuire à la capacité de recherche, ces compressions auront également un impact négatif sur les recettes publiques. Elles réduiront les revenus du gouvernement provenant des redevances sur les nouvelles variétés de semences d’AAC et des recettes fiscales provenant du secteur agricole, qui représente plusieurs milliards de dollars, grâce aux améliorations apportées à la production et au rendement rendues possibles par le travail d’AAC. L’unité d’augmentation des semences d’Indian Head est un élément essentiel du système de semences certifiées, qui garantit aux agriculteurs les semences nécessaires pour semer des cultures vendues pour des milliards de dollars chaque année. Les réductions budgétaires auront un impact sur le travail de la Commission canadienne des grains et affaibliront sa capacité à garantir la qualité des céréales destinées aux marchés d’exportation, ce qui permet aux céréales canadiennes d’atteindre des prix élevés. Les recherches de l’économiste agricole Richard Gray montrent qu’un investissement de 370 millions de dollars des contribuables dans la sélection du blé rapporte au Canada 11,8 milliards de dollars. Les recettes fiscales générées par cet avantage compenseraient largement les fonds publics investis dans la sélection et la mise au point de variétés.
Il nous apparaît de plus en plus clairement que la décision d’éliminer cette infrastructure publique essentielle à la recherche a été prise sans tenir compte de sa véritable valeur pour les agriculteurs, la population canadienne et l’avenir de notre système alimentaire et agricole.
Pour ces raisons, nous demandons une suspension immédiate des fermetures et des licenciements pendant au moins 24 mois afin que le gouvernement puisse prendre le temps de réévaluer les fermetures et les compressions dans des domaines cruciaux, de protéger les éléments irremplaçables du système de recherche ou d’apporter des améliorations au paysage agricole canadien qui auraient pu être négligées. Nous demandons également une transparence totale concernant le processus décisionnel qui a conduit à ces coupes, y compris la divulgation complète de toute analyse d’impact effectuée, ainsi qu’un engagement significatif auprès des organisations agricoles de développer une stratégie à long terme pour l’infrastructure de recherche agricole publique du Canada.
Nous attendons avec impatience votre réponse positive à notre demande.
Cordialement,
- Alberta Federation of Agriculture
- Alberta-British Columbia Seed Growers
- Association canadienne des producteurs de semences
- Atlantic Canadian Organic Regional Network (ACORN)
- British Columbia Fruit Growers Association
- Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité
- Coop Agrobio du Québec
- Cultivons Biologique Canada
- Ecological Farmers Association of Ontario
- Fermiers pour la transition climatique
- Manitoba Forage Seed Association Inc.
- Manitoba Organics
- Manitoba Seed Growers
- Ontario Organic
- Saskatchewan Seed Growers’ Association
- SaskOrganics
- Sème l’avenir
- Union National des Fermiers