Les organisations environnementales de tout le Canada exhortent le gouvernement à reconsidérer les modifications injustifiées, nuisibles et antidémocratiques apportées à la loi sur les produits antiparasitaires dans les projets de loi C-30 et C0-31.
L’UNF a signé la lettre suivante pour exhorter le gouvernement à retirer les dispositions dangereuses des projets de loi C-30 et C-31. Au cours des deux dernières décennies, le mandat de la LPA a été de donner la priorité à la santé des Canadiens et à leur environnement. Les changements proposés auraient pour effet de vider de leur substance ces protections fondées sur la science. Ces mesures constituent la plus grande révision de la réglementation sur les pesticides depuis une génération et elles ouvrent la porte à des risques inacceptables. Ces modifications doivent être immédiatement retirées des projets de loi C-30 et C-31.
Voulez-vous agir vous aussi ? Envoyez une lettre dès aujourd’hui pour empêcher l’affaiblissement des lois canadiennes sur les pesticides !
26 mai 2026
L’honorable François-Philippe Champagne, C.P., député
Ministre des Finances
Ministère des Finances du Canada
90 Elgin St
Ottawa, Ontario
K1A 0G5
Monsieur le Ministre Champagne,
Objet : Les changements proposés à la Loi sur les produits antiparasitaires dans les projets de loi C-30 et C-31 sont injustifiés, antidémocratiques et affaiblissent les protections de la santé et de l’environnement.
En tant qu’organisations soucieuses de la protection de la santé humaine et de l’environnement, et partisanes d’une prise de décision fondée sur des données probantes, nous demandons instamment au gouvernement de reconsidérer les amendements proposés à la Loi sur les produits antiparasitaires dans la loi omnibus de mise en œuvre de la mise à jour économique du printemps 2026 (projet de loi C-30) et dans la loi d’exécution du budget 2025, n° 2 (projet de loi C-31).
Le préambule de la LPA commence par reconnaître que « la disponibilité et l’utilisation de produits antiparasitaires présentent des risques potentiels, directs et indirects, pour la santé, la sécurité et le bien-être des personnes au Canada et pour l’environnement ». Un cadre législatif solide pour la réglementation des pesticides est essentiel pour assurer une surveillance efficace et prévenir les risques inacceptables.
Les amendements proposés compromettent fondamentalement la prise de décision fondée sur la science dans le cadre de la LPA, qui constitue la pierre angulaire de la loi depuis son adoption en 2002. Manquant de spécificité et s’appuyant sur des termes non définis, ils introduiraient un niveau de discrétion inutile et inapproprié et politiseraient encore davantage les décisions en matière de réglementation des pesticides.
Ces mesures sont censées améliorer l’efficacité de la réglementation et répondre aux préoccupations en matière de sécurité alimentaire – des questions importantes – mais un régime de réglementation des pesticides moins rigoureux pourrait menacer la sécurité alimentaire nationale à long terme. La mise en œuvre de l’ensemble des modifications proposées nécessitera des ressources importantes à un moment où les coupes budgétaires ont considérablement réduit la capacité de Santé Canada en matière de réglementation des pesticides.
Permettre l’utilisation de pesticides malgré des risques environnementaux inacceptables
Les dispositions du projet de loi C-30 sont particulièrement préoccupantes, car elles confèrent au Cabinet des pouvoirs étendus et partiaux lui permettant d’annuler une décision du ministre de la Santé de rejeter une demande d’utilisation d’urgence d’un pesticide ou d’annuler l’enregistrement d’un pesticide actuellement sur le marché, parce que les risques pour l’environnement sont inacceptables. Le Conseil des ministres pourrait autoriser, par arrêté, l’utilisation d’un pesticide nocif pour l’environnement pendant une période maximale de six ans, suivie d’une utilisation continue pendant une période de « retrait progressif ».
Le règlement sur les produits antiparasitaires permet déjà au ministre d’homologuer un produit antiparasitaire pour une utilisation dans le cadre de la « lutte d’urgence contre une infestation gravement préjudiciable » – si les risques pour la santé et l’environnement du produit antiparasitaire et sa valeur pour faire face à la situation d’urgence sont acceptables. Aucune justification convaincante n’a été donnée pour permettre au cabinet de contourner les exigences fondamentales de la loi visant à garantir des risques acceptables pour la santé et l’environnement. Les amendements ne précisent pas de critères, d’exigences ou de garanties démocratiques pour limiter ce pouvoir extraordinaire.
Compliquer inutilement l’évaluation des pesticides
De plus, l’article 53 du projet de loi C-30 modifierait le mandat de la LPA pour exiger du ministre de la Santé qu’il prenne en compte » la sécurité économique nationale, la sécurité économique régionale ou la sécurité alimentaire nationale » lorsqu’il prend des décisions relatives à l’homologation des pesticides. Ces termes ne sont pas définis dans la loi et les amendements ne précisent pas comment ils seront pris en compte. La loi autorise déjà le ministre à prendre en compte l’impact social et économique d’un produit antiparasitaire lors de l’évaluation de la valeur du produit. L’élargissement de l’analyse économique, tel que suggéré dans l’exposé économique de printemps, nécessitera des ressources ministérielles supplémentaires qui ne sont pas disponibles à l’heure actuelle. Nous craignons que cela n’entraîne des retards encore plus importants dans l’évaluation des pesticides, sans bénéfice clair.
Fin des réévaluations obligatoires des pesticides après leur mise sur le marché
L’article 282 du projet de loi C-31 propose de remplacer l’obligation de procéder à des réévaluations cycliques des pesticides après leur mise sur le marché (qui doivent actuellement être effectuées tous les 15 ans) par une « évaluation » plus limitée des informations disponibles. Santé Canada ne sera tenu d’entreprendre une réévaluation complète que si l’évaluation initiale indique que les risques pour la santé ou l’environnement ont augmenté « de manière significative ». Nous craignons que les risques pour la santé et l’environnement ne soient pas détectés car les réévaluations cycliques constituent le principal mécanisme par lequel Santé Canada obtient des données sur les risques liés aux pesticides auprès des titulaires et d’autres sources. Les « évaluations » proposées ne requièrent pas cette collecte d’informations scientifiques actualisées et ne permettent pas non plus la participation du public.
Recommandation : Retirer les amendements de l’APCP des projets de loi C-30 et 31 ; s’engager à nouveau en faveur de l’objectif de l’APCP.
Les amendements proposés à la LPA dans les projets de loi C-30 et C-31 représentent la plus grande révision du système de réglementation des pesticides au Canada depuis une génération et n’ont pas leur place dans une loi budgétaire omnibus. Ces mesures n’ont fait l’objet d’aucun engagement avec nos organisations ni d’aucune consultation publique. Ni le Groupe consultatif scientifique sur la réglementation des pesticides de Santé Canada, ni le Comité consultatif de la lutte antiparasitaire n’ont été invités à donner leur avis.
Nous demandons au Canada de s’engager à nouveau à respecter l’objectif premier de la LPA, à savoir protéger la santé et la sécurité humaines ainsi que l’environnement en réglementant les produits utilisés pour lutter contre les nuisibles. Le système canadien de réglementation des pesticides doit continuer à être guidé par le principe de précaution, un examen scientifique transparent et une prise de décision impartiale fondée sur des preuves. Nous demandons instamment au gouvernement de retirer les amendements à la LPA des projets de loi C-30 et C-31 et de concentrer ses efforts sur l’amélioration de la mise en œuvre de la LPA.
- Association pour la santé publique du Québec – Victimes des pesticides du Québec
- Action cancer du sein Québec
- Association canadienne des médecins pour l’environnement (CAPE)
- Réseau canadien d’action sur les biotechnologies (RCAB)
- Association canadienne du droit de l’environnement
- Partenariat canadien pour la santé des enfants et l’environnement
- Fondation David Suzuki
- Ecojustice
- Défense de l’environnement
- Équiterre
- Des preuves pour la démocratie
- Fondation Rivières
- Les Amis de la Terre Canada
- Union Nationale des Fermiers
- Nature Canada
- Prévenir le cancer maintenant
- Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE)
- La sécurité alimentaire, c’est important
- Vigilance OGM
- Association du droit de l’environnement de la côte ouest
CC :
- Hon. Marjorie Michel, ministre de la Santé
- Hon. Julie Dabrusin, ministre de l’environnement, du changement climatique et de la nature
- Membres du Comité permanent des finances de la Chambre des communes
- Membres de la commission permanente de l’environnement et du développement durable de la Chambre des communes
- Membres du Comité permanent de la santé de la Chambre des Communes
- Membres de la commission sénatoriale permanente des finances nationales