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« La science n’est pas un luxe, c’est une police d’assurance » : les coupes budgétaires dans la recherche agricole publique sont catastrophiques pour la lutte contre le changement climatique

Les coupes massives dans la recherche agricole publique freineront les progrès en matière de lutte contre le changement climatique dans le secteur agricole, et leurs conséquences se feront sentir pendant des générations. Plus tôt cette année, Agriculture et Agroalimentaire Canada a annoncé que sept centres de recherche – situés à Lacombe, Indian Head, Scott, Portage la Prairie, Guelph, Québec et Nappan – ainsi que le programme d’agriculture biologique et régénérative ne recevraient plus de financement. Ces coupes budgétaires réduiraient à néant plus d’un siècle d’investissements publics dans les ressources humaines, la science et les infrastructures, tout en augmentant les risques pour le système alimentaire et les personnes qui y travaillent. Ces coupes auraient des conséquences dévastatrices à plusieurs égards, mais il faut considérer à part entière les coûts immenses qu’elles entraîneraient pour la science climatique agricole, car la fermeture de ces centres et programmes aura des répercussions profondes pour l’avenir.

Alors que les fermiers et les travailleurs agricoles subissent de plus en plus le stress financier, émotionnel et existentiel lié au changement climatique, la perte d’installations et de programmes de recherche essentiels est d’autant plus condamnable. La sécheresse qui sévit dans le sud-ouest de la Saskatchewan a gravement appauvri les sols en humidité dans certaines régions au cours des huit dernières années, entraînant des mauvaises récoltes et des pertes financières ; et aucun soulagement (lien en anglais) n’est en vue. Les fermiers de la Colombie-Britannique, qui se remettaient encore des inondations catastrophiques d’il y a quatre ans (la catastrophe météorologique la plus coûteuse de l’histoire de la province), se sont retrouvés une nouvelle fois sous les eaux à la fin de l’année dernière, lorsque plus d’un mois de pluie est tombé en deux jours, provoquant des ordres d’évacuation, des glissements de terrain et des fermetures de routes. Les saisons de feux de forêt records à travers le Canada ont eu de graves répercussions sur les cultures, le bétail et les communautés agricoles. Et la culpabilité, la panique et le désespoir (lien en anglais) deviennent des sentiments familiers alors que les agriculteurs font face à des conditions météorologiques incertaines et à des événements extrêmes.

Par ailleurs, les chercheurs du Centre de recherche et de développement de Lacombe ont trouvé des moyens de réduire l’impact environnemental de la production animale. Les scientifiques de la ferme expérimentale de Nappan, en Nouvelle-Écosse, ont découvert que l’ajout de compléments alimentaires à base de varech dans l’alimentation des génisses réduisait leurs émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre. Le Programme de recherche sur l’agriculture biologique et régénérative du Centre de recherche et de développement de Swift Current, l’un des seuls programmes publics consacrés à l’étude de l’agriculture biologique dans les Prairies, est « en première ligne de la recherche sur l’adaptation au changement climatique », aidant les fermiers à faire face à la variabilité climatique croissante, à la dégradation des sols et à l’apparition de nouveaux ravageurs et maladies. Alors que les agriculteurs sont en difficulté, les installations et les programmes menacés de fermeture ont contribué à des recherches indispensables sur l’atténuation et l’adaptation au changement climatique.

Examinons l’impact du changement climatique sur l’agriculture sous l’angle financier : au Canada, les indemnités versées au titre de l’assurance récolte sont passées de 890 millions de dollars en 2018 à 4,9 milliards (lien en anglais) de dollars en 2022. En 2021, la production agricole de la Saskatchewan a chuté de 47 % (lien en anglais) et l’économie provinciale s’est contractée de 0,3 % en raison d’une sécheresse extrême. Compte tenu des sommes que les gouvernements provincial et fédéral dépensent en indemnités d’assurance et en paiements au titre des programmes de gestion des risques commerciaux à la suite des impacts climatiques extrêmes sur les exploitations agricoles, la recherche publique sur l’atténuation et l’adaptation au changement climatique devrait être protégée, financée et développée. Comme l’a déclaré Sophie Martel, directrice générale du Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (Victoriaville, QC), dans son témoignage devant le Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire : « La science n’est pas un luxe, c’est une police d’assurance. » Mettre un terme à la recherche agricole, qui est à la pointe de la recherche sur la réduction des émissions, coûtera des milliards au gouvernement et aura des répercussions négatives durables sur le climat et le système alimentaire.

Ces coupes dans la recherche agricole publique s’inscrivent dans une tendance plus large (lien en anglais) du gouvernement fédéral à négliger la lutte contre le changement climatique. L’année dernière, Carney a annoncé un accord avec la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, visant à construire un pipeline destiné à stimuler la production de pétrole brut. La majorité des propositions figurant sur la liste des initiatives de « construction nationale » du gouvernement fédéral sont des projets d’extraction, tels que des mines et des usines de gaz naturel liquéfié, qui nuiront à l’environnement. Le gouvernement fédéral est déterminé à augmenter les dépenses de défense du Canada, une mesure qui augmentera les émissions de combustibles fossiles tant au Canada qu’à l’étranger. La décision de réorienter les dépenses des programmes, des installations et des réseaux de recherche qui ont permis aux agriculteurs de renforcer leurs capacités d’atténuation et d’adaptation au changement climatique vers des infrastructures militaires à forte intensité carbone devrait préoccuper non seulement les organisations agricoles, mais nous tous. Les répercussions de ces décisions auront des effets en cascade désastreux pendant de nombreuses années à venir.

Ce n’est pas le moment de réduire le financement des centres de recherche, des exploitations agricoles et des programmes qui sont en première ligne de la science climatique agricole. La recherche d’intérêt public sur l’agriculture durable devrait occuper une place centrale dans la stratégie d’action climatique du Canada. Les capacités de recherche sont essentielles pour faciliter la transition vers un secteur agricole canadien plus durable. La science publique est un bien public.

Pour plus d’informations, veuillez contacter:

  • Cathy Holtslander, directrice de la recherche et de la politique : holtslander@nfu.ca
  • Sarah Marquis, stratégiste de proximité : marquis@nfu.ca

Pour plus d’informations sur la campagne de l’UNF contre les réductions, cliquez ici.