La note suivante a été soumise par la présidente Jenn Pfenning, au nom de l’UNF, dans le cadre de la consultation sur le prochain cadre politique agricole et agroalimentaire, organisée le 30 juin 2026.
L’Union Nationale des Fermiers (UNF) exhorte le gouvernement fédéral à accorder la priorité au renouvellement générationnel, à la souveraineté alimentaire et à la diversité des produits et des pratiques agricoles dans le prochain cadre stratégique (NPF). Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux (FPT) doivent investir dans une politique de souveraineté alimentaire qui soutienne les systèmes alimentaires régionaux à l’échelle des communautés et garantisse des prix équitables pour les denrées alimentaires produites par les fermiers, tant pour le marché intérieur que pour les marchés d’exportation.
Afin de favoriser une économie agroalimentaire diversifiée et résiliente, les gouvernements fédéraux, provinciaux et territoriaux doivent prendre acte des tendances négatives observées dans le secteur agroalimentaire canadien et y remédier :
- La concentration au sein du système alimentaire, des fournisseurs d’intrants aux détaillants alimentaires, a entraîné une baisse du revenu net des exploitations agricoles, tandis que l’aggravation des inégalités de revenus menace la sécurité alimentaire au Canada ;
- Le nombre de fermiers exploitants canadiens a diminué de 24 % depuis 2001, tandis que les obstacles à l’accès au secteur pour les nouveaux arrivants, en particulier les fermiers noirs, autochtones et de couleur, se sont accentués ;
- La politique agricole du Canada a donné la priorité à l’exportation de produits de base à bas prix tout en important des denrées alimentaires fraîches et transformées à forte valeur ajoutée, ce qui a réduit au minimum les avantages de l’agriculture pour les fermiers, les travailleurs et les consommateurs. Notre dépendance vis-à-vis de l’industrie agroalimentaire américaine a réduit les options disponibles sur le marché, rendant nos producteurs alimentaires moins résilients et plus vulnérables à la concentration du marché et aux bouleversements géopolitiques ;
- Le changement climatique accentue les pressions économiques et environnementales qui pèsent sur les exploitations agricoles canadiennes. Les sécheresses prolongées et les conditions météorologiques imprévisibles ont entraîné des pertes de récoltes. Les indemnités versées au titre de l’assurance-récolte augmentent chaque année et l’AAC dépense régulièrement plus que prévu dans le cadre de ses programmes de gestion des risques d’entreprise (GRE) ;
- Les politiques actuelles, en particulier les programmes BRM, subventionnent structurellement la prise de risque, ce qui favorise la concentration des terres agricoles et réduit la diversité des produits cultivés dans les exploitations agricoles canadiennes, tout en excluant les exploitations qui ont recours à des pratiques de production résilientes et diversifiées.
La NPF devrait soutenir une nouvelle génération de fermiers et d’ouvriers agricoles afin de produire des denrées alimentaires transformées au niveau national pour la consommation canadienne. La politique agricole du Canada doit encourager de manière concrète la diversification des pratiques agricoles, guidée par la recherche publique, afin de s’adapter à l’instabilité climatique et d’en atténuer les effets, qui menacent la viabilité des exploitations agricoles et notre approvisionnement alimentaire. La résilience passe par des investissements dans un système qui soutient la diversité des pratiques agricoles, des produits agricoles et des nouveaux agriculteurs. Une économie agricole diversifiée constitue le fondement d’un système alimentaire souverain et résilient qui garantira aux agriculteurs une dignité économique et aux Canadiens un approvisionnement stable en aliments nutritifs jusqu’en 2033 et au-delà.
Principes de l’UNF : résilience, renouveau, souveraineté, diversité
LES 5 PILIERS : Priorités de l’UNF pour le prochain cadre politique 2028-2033
1. Renouvellement générationnel
Le NPF renforcera la résilience grâce à des investissements publics en faveur des nouveaux agriculteurs, des agriculteurs noirs, autochtones et issus des minorités ethniques, afin de garantir la viabilité de leurs moyens de subsistance agricoles.
Le NPF mettra en place un accompagnement intégré en matière d’accès aux terres, de planification successorale, de subventions de démarrage et de prêts à faible taux d’intérêt destinés aux nouveaux agriculteurs.
La NPF veillera à ce que les mesures en faveur des nouveaux arrivants leur apportent un soutien allant au-delà des coûts de démarrage.
La NPF examinera des options politiques allant au-delà des approches fiscales traditionnelles afin de faciliter la transmission des exploitations agricoles à des successeurs extérieurs à la famille.
2. Le développement des marchés locaux et des échanges régionaux
Le NPF renforcera la résilience grâce à des investissements publics dans les infrastructures régionales destinées aux marchés de gros et locaux, à la transformation, au stockage et aux marchés publics.
Le NPF financera des pôles alimentaires régionaux gérés sous forme de coopératives afin d’offrir des alternatives aux oligopoles en place dans les secteurs de la distribution et de la vente au détail alimentaires.
Le NPF mettra en place une source de financement destinée à renforcer les capacités locales d’abattage du bétail et/ou les capacités d’abattage à la ferme.
3. La sécurité alimentaire par la souveraineté alimentaire
Le NPF s’attachera à améliorer le bien-être des communautés et à renforcer la résilience des zones rurales grâce à la sécurité alimentaire et à des moyens de subsistance équitables.
Le NPF financera la création d’organismes de commercialisation afin de garantir que les fermiers canadiens obtiennent les meilleurs prix pour leurs produits et d’assurer un approvisionnement stable en denrées alimentaires d’origine nationale pour les Canadiens.
Le NPF financera des magasins d’alimentation publics proposant des produits alimentaires abordables et issus de l’agriculture locale aux Canadiens, tant en milieu rural qu’en milieu urbain.
4. Recherche agricole publique à long terme
Le NPF investira dans la science et la recherche visant à renforcer la résilience de l’agriculture canadienne, notamment par le biais de pratiques écologiques durables et de résultats concrets ;
La NPF rétablira le financement des stations de recherche supprimé par l’AAFC afin de poursuivre le programme « Bio et régénératif », les travaux de recherche en faveur d’un système public de semences, ainsi que les travaux de recherche visant à soutenir une production diversifiée, y compris dans le secteur de l’élevage.
Le NPF financera des travaux de recherche menés par les agriculteurs eux-mêmes sur les pratiques de production à faibles intrants, afin d’encourager et de tester la diversification au sein des exploitations agricoles.
Résilience climatique
Le NPF va réformer les programmes de gestion des risques d’entreprise (BRM) afin d’exiger la mise en œuvre des meilleures pratiques de gestion et de projets d’adaptation au changement climatique, et de les rendre accessibles et bénéfiques pour les exploitations agricoles de petite et moyenne taille ainsi que pour les exploitations issues de la diversité.
Le NPF mettra en place un nouveau programme financé par des fonds publics de paiement des services écosystémiques afin de soutenir la mise en œuvre des meilleures pratiques de gestion au sein des exploitations agricoles.
Afin de mettre en œuvre les nouveaux travaux de recherche financés par l’AAC et les provinces, le NPF financera la création d’une Agence canadienne pour la résilience agricole (CFRA). La CFRA interviendra au niveau régional afin de fournir des conseils agronomiques indépendants de tout intérêt financier privé et d’accompagner les fermiers dans la mise en œuvre de pratiques de gestion optimales et résilientes face au changement climatique.
Respectueusement soumis par
L’Union Nationale des Fermiers
30 juin 2026