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Projet de loi C-30, Loi de mise en oeuvre de la mise à jour économique du printemps – Soumission de l’UNF au Comité des finances

Le mémoire suivant a été soumis au Comité des finances de la Chambre des communes le 4 juin 2026 pour son étude du projet de loi C-30, la Loi sur la mise à jour économique du printemps, à la suite de la deuxième lecture du projet de loi au Parlement. Le mémoire se concentre sur les amendements alarmants à la Loi sur l’ACIA qui permettraient au Cabinet d’annuler toute loi ou règlement que l’ACIA est chargée de mettre en œuvre ou d’appliquer, à l’exception de la Loi sur la protection des obtentions végétales. L’UNF recommande que cette partie du projet de loi soit supprimée, de même qu’une série d’amendements similaires qui permettraient au Cabinet d’annuler les interdictions imposées par Santé Canada sur les pesticides jugés trop dangereux pour l’environnement canadien.

Le projet de loi C-30, partie 3, section 7, propose des modifications substantielles à la loi sur l’Agence canadienne d’inspection des aliments qui sont d’une portée sans précédent, qui n’ont pas été communiquées dans l’énoncé économique de printemps et qui sont contraires aux normes de gouvernance démocratique du Canada.

L’article 50 du projet de loi C-30 modifierait la Loi sur l’ACIA en ajoutant un nouvel article 31.1 qui permet au Cabinet de suspendre certaines parties de toute loi ou de tout règlement administré par l’ACIA, à l’exception de la Loi sur la protection des obtentions végétales. Il permettrait au Cabinet d' »exempter des personnes, des objets ou des activités, ou des catégories de personnes, d’objets ou d’activités » de toute disposition de ces lois ou règlements pendant trois ans, avec la possibilité de renouveler pour trois années supplémentaires si cela est « nécessaire pour protéger la sécurité économique nationale, la sécurité économique régionale ou la sécurité alimentaire nationale », à condition que cela ne soit pas susceptible de poser un risque déraisonnable pour la sécurité alimentaire, la santé animale, la santé végétale, la santé humaine ou l’environnement. L’article 31.1 proposé n’établit pas de garde-fous pour empêcher l’utilisation abusive de ce pouvoir étendu, car il repose entièrement sur le pouvoir discrétionnaire du Cabinet. Le Cabinet peut définir la « sécurité économique » et la « sécurité alimentaire nationale » par un règlement ultérieur, mais ces définitions ne sont pas obligatoires.

L’ACIA a été créée en 1997 pour regrouper toutes les fonctions réglementaires du Canada en matière d’alimentation et d’agriculture au sein d’une seule agence. L’ACIA est chargée de mettre en œuvre les politiques canadiennes fondées sur la science pour soutenir la sécurité alimentaire et la protection de l’environnement et de la santé en ce qui concerne l’alimentation et l’agriculture. Elle est chargée de l’application de tous les règlements, de l’exploitation des laboratoires et des installations d’inspection nécessaires et de la supervision des agences dans le cadre de sa responsabilité établie pour l’administration de neuf lois : la loi sur les sanctions administratives pécuniaires en matière d’agriculture et d’agroalimentaire, la loi sur les aliments pour animaux, la loi sur les engrais, la loi sur la santé des animaux, la loi sur la protection des obtentions végétales, la loi sur la protection des végétaux, la loi sur la sécurité alimentaire pour les Canadiens, la loi sur les semences, ainsi que la loi sur les aliments et drogues en ce qui concerne les denrées alimentaires.

L’article 50 du projet de loi C-30 politiserait le cadre juridique régissant la sécurité alimentaire, sanitaire et environnementale et inviterait les personnes intéressées (c’est-à-dire les entreprises) à utiliser les arguments de la sécurité économique et de la sécurité alimentaire pour faire pression sur les ministres afin qu’ils recommandent des exemptions aux lois et règlements qui, selon eux, nuisent à leur rentabilité. Les acteurs riches et puissants auraient accès à ce type de stratégie et seraient en mesure de récompenser ceux qui obtiennent des résultats, tandis que les acteurs plus faibles et les sans-voix – les générations futures et les espèces non humaines – seraient non seulement laissés de côté, mais paieraient souvent les coûts et subiraient les préjudices causés par l’absence de réglementation dans l’intérêt du public.

Les délibérations du cabinet restent confidentielles pendant vingt ans, ce qui rend opaques toutes les considérations conduisant à des dérogations aux lois et règlements de l’ACIA. Les électeurs ne sauront jamais avec certitude comment et pourquoi certaines dérogations ont été acceptées et d’autres rejetées.

Les amendements du projet de loi C-30 visant à permettre au Cabinet de passer outre les lois et règlements de l’ACIA régissant l’agriculture et l’alimentation font suite à des coupes sombres dans les capacités de recherche d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, qui fournissent des connaissances essentielles à l’appui des décisions réglementaires, ainsi qu’à des coupes sombres dans le personnel de l’ACIA, qui possèdent l’expertise nécessaire pour comprendre et mettre en œuvre les réglementations qui non seulement protègent nos systèmes alimentaires et agricoles afin de prévenir les maladies, les infestations et les contaminations, mais qui gèrent également des structures et des cadres importants pour un fonctionnement prévisible, transparent et sûr d’intuitions et de relations complexes entre les nombreuses personnes et entités qui composent notre système alimentaire. Le plan ministériel de l’ACIA pour les trois années à venir prévoit une réduction budgétaire de près de 80 millions de dollars et 1 627 postes équivalents temps plein en moins en 2029 par rapport à 2023. La possibilité pour le Cabinet de créer des lacunes de six ans dans l’application d’un certain nombre de lois ou de règlements exacerberait cette perte d’expertise interne, car cela signifierait probablement que le personnel concerné de l’ACIA serait réaffecté ou que son poste serait supprimé pendant les périodes d’exemption.

L’autorité réglementaire de l’ACIA et son personnel spécialisé sont essentiels à la prévention. Ils sont en première ligne pour détecter les problèmes et prendre les mesures qui s’imposent pour éviter les crises alimentaires et agricoles au Canada :

  • S’attaquer aux problèmes de santé animale, notamment aux foyers d’influenza aviaire hautement pathogène qui, aux États-Unis, s’est propagée au bétail laitier et aux travailleurs, et qui continue de se propager alors que le Centre américain de contrôle des maladies ne surveille ni ne signale plus les cas chez l’homme ;
  • Enquêter sur les cas d’intoxication alimentaire, tels qu’un problème prolongé de contamination aux salmonelles dans des pistaches importées d’Iran. Le personnel de l’ACIA enquête sur les rappels d’aliments et veille à leur application afin d’éviter les décès ou d’autres maladies et hospitalisations dus à l’agent pathogène ;
  • Contrôler les aliments pour bétail vendus au Canada (qu’ils soient importés ou produits dans le pays) afin de s’assurer qu’ils ne sont pas contaminés par des toxines cancérigènes telles que les dioxines, qui pourraient nuire à la santé des animaux et des êtres humains ;
  • Surveillance et application de la loi pour empêcher les espèces envahissantes, les ravageurs et les maladies des plantes d’entrer ou de se propager au Canada ;
  • Surveiller la diminution de la capacité des régulateurs américains à détecter, prévenir ou gérer les risques en matière de sécurité alimentaire et les implications pour l’approvisionnement alimentaire canadien, compte tenu du volume élevé et de la dépendance à l’égard des aliments frais et transformés que le Canada importe des États-Unis.

L’exemption de certaines personnes, choses et/ou activités de l’autorité de l’ACIA, combinée à une réduction supplémentaire de la capacité de l’agence, augmenterait la probabilité de coûts économiques, sanitaires et environnementaux étendus, rendant le Canada plus vulnérable aux crises économiques et de sécurité alimentaire au lieu de les résoudre.

La mise à jour économique de printemps n’a pas informé le Parlement ni le public des projets du gouvernement visant à permettre au Cabinet de suspendre unilatéralement les lois relatives à l’alimentation qui ont été dûment adoptées par le Parlement et d’annuler les règlements adoptés à l’issue de procédures formelles comprenant une justification, une analyse réglementaire et une consultation publique. Ce point est au cœur de notre objection. Chaque loi au Canada a été créée grâce au travail sérieux, informé et dévoué de milliers de personnes au sein des partis politiques, de la fonction publique, des organisations de la société civile et des citoyens engagés, et a été promulguée à la suite d’un débat public et d’un vote au Parlement. Les règlements sont autorisés par la législation et doivent être élaborés conformément à la directive du Cabinet sur la réglementation et à la politique sur l’élaboration de la réglementation, qui, entre autres, exigent une consultation significative des parties prenantes concernées, y compris les populations autochtones. Ces directives et politiques sont fondées sur les principes suivants :

  • Les règlements protègent et font progresser l’intérêt public et soutiennent la bonne gouvernance: Les règlements sont justifiés par une logique claire en termes de protection de la santé, de la sécurité, de la sûreté, du bien-être social et économique des Canadiens et de l’environnement.
  • Le processus réglementaire est moderne, ouvert et transparent: Les réglementations et leurs activités connexes sont accessibles et compréhensibles, et sont créées, maintenues et révisées d’une manière ouverte, transparente et inclusive qui implique de manière significative le public et les parties prenantes, y compris les peuples indigènes, dès le début du processus.
  • La prise de décision en matière de réglementation est fondée sur des données probantes: Les propositions et les décisions sont fondées sur des données probantes, sur une analyse solide des coûts et des avantages et sur l’évaluation des risques, tout en étant soumises à l’examen du public.
  • Les réglementations soutiennent une économie équitable et compétitive: Les réglementations doivent viser à soutenir et à promouvoir une croissance économique inclusive, l’esprit d’entreprise et l’innovation au profit des Canadiens et des entreprises. Les possibilités de coopération en matière de réglementation et l’élaboration de réglementations harmonisées doivent être envisagées et mises en œuvre dans la mesure du possible.

Les lois et les règlements administrés par l’ACIA ont été élaborés avec soin, mais le projet de loi C-30 permettrait au Cabinet de les défaire sans suivre de processus transparent ni adhérer à aucun principe énoncé. Le projet de loi C-30 permettrait au Cabinet de choisir qui est ou n’est pas exempté d’une loi ou d’un règlement, et le Cabinet prendrait des décisions sans mécanisme ni preuve pour évaluer si une exemption sert l’intérêt public.

Et comme il est rare que les gouvernements réduisent volontairement leurs pouvoirs, une fois que ces amendements auront été adoptés, ils seront à la disposition de tous les gouvernements futurs. La commission des finances de la Chambre des communes est-elle disposée à confier à tous les Cabinets futurs autant de pouvoirs en matière de législation et de réglementation dans le domaine de l’alimentation et de l’agriculture ?

La section 8 du projet de loi C-30 contient des dispositions similaires qui permettent au Cabinet de passer outre le ministre de la Santé si le Cabinet souhaite homologuer des produits antiparasitaires que le ministre a jugé trop nocifs pour l’environnement pour être approuvés.

Le projet de loi C-30 fait suite à d’autres lois, telles que la loi sur la construction du Canada et les amendements à la loi sur la réduction des formalités administratives de la loi d’exécution du budget 2025, qui permettent au Cabinet ou à des ministres individuels de passer outre à d’autres lois et règlements. Toutes ces modifications légales et réglementaires récentes sont en dehors des normes de la gouvernance canadienne et indiquent une tendance alarmante à la concentration du pouvoir.

Les lois et les règlements sont des mécanismes essentiels d’une démocratie libérale. Permettre au Cabinet – qui sert selon le bon vouloir du Premier ministre et prend ses décisions à huis clos – d’émettre des décrets qui déterminent quelles lois et quels règlements ne s’appliquent plus, ou ne s’appliquent qu’à certaines personnes, est profondément irrespectueux de notre démocratie et de l’État de droit.

Le projet de loi C-30 sape la confiance du public dans le gouvernement.

Nous recommandons donc au Comité d’amender le projet de loi C-30 en supprimant la partie 3, section 7, article 50, modifiant la Loi sur l’Agence canadienne d’inspection des aliments et en supprimant entièrement la partie 3, section 8, modifiant la Loi sur les produits antiparasitaires.

La Nationale des Fermiers est une organisation de, et pour, les fermiers et les travailleurs agricoles du Canada, travaillant ensemble pour réaliser démocratiquement des politiques agricoles qui assurent la dignité et la sécurité des revenus des fermiers et des travailleurs agricoles tout en protégeant et en améliorant les environnements ruraux pour les générations futures.

Respectueusement soumis par

L’Union Nationale des Fermiers

4 juin 2026