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Le gouvernement canadien s’est trompé sur la sélection végétale publique

Les coupes budgétaires ont finalement touché Agriculture et Agroalimentaire Canada. Récemment, plus de 665 employés ont perdu leur emploi, et nous savons maintenant que sept installations de recherche à travers le pays sont vouées à la fermeture.

Chaque installation a sa propre histoire à raconter sur les avantages qu’elle apporte au bien public, tout comme les chercheurs eux-mêmes. En outre, la récente démission de Richard Cuthbert, sélectionneur de blé réputé, de la station de recherche de Swift Current (Saskatchewan), laisse un vide qui devra être comblé d’ici le printemps si nous voulons que les variétés de blé améliorées continuent d’exceller.

Nous ne connaissons pas encore tous les effets de ces réductions, mais c’est l’un des moments où les fermières et les citoyens doivent s’exprimer haut et fort et demander des comptes. Il ne suffit pas de hausser les épaules et d’adopter l’approche pessimiste du « il n’y a rien de plus à faire ». Cela nous entraîne dans un individualisme complaisant et passif ; le malaise qui nous a conduits ici en premier lieu ; l’état d’esprit qui s’attend à ce que les réductions soient la norme à l’avenir.

Il serait également erroné d’accepter que la « privatisation » tant vantée soit la seule voie à suivre. En réalité, plusieurs entreprises privées canadiennes paient une redevance pour l’utilisation de ces installations et tirent collectivement profit de ce travail.

La plupart des fermières voient les avantages de ces institutions gouvernementales. Les résultats dans nos exploitations sont évidents. Nous considérons que la création de nouvelles variétés, combinée à la croissance et au soutien des chercheurs à long terme dans le système public, est nécessaire pour relever les défis futurs en matière de productivité alimentaire tout en garantissant l’efficacité des fermières canadiennes, tant au niveau mondial que local.

L’un des principaux problèmes est que nous suivons les gains de productivité des efforts de sélection sur la base du nombre de boisseaux par hectare, mais que nous ne consacrons pas les mêmes efforts au suivi des autres avantages de la sélection végétale publique. En d’autres termes, le travail est soutenu, mais il peut être difficile d’en communiquer clairement la valeur.

Lorsque l’on s’efforce d’étudier l’impact économique, les résultats sont impressionnants. Une importante étude menée en Saskatchewan par l’auteur principal Richard Gray a permis de faire les constatations suivantes :

  • Les investissements des contribuables de 370,6 millions de dollars entre 1995 et 2020 se sont traduits par un bénéfice cumulé de 11,8 milliards de dollars pour l’économie canadienne.
  • Chaque dollar investi dans le blé par les gouvernements a rapporté 31 dollars aux Canadiens. Si l’on tient compte des contributions des producteurs dans le cadre d’efforts de financement conjoints, le rendement s’élève à plus de 70 dollars.

L’étude conclut que « … ces programmes de sélection devraient être soutenus par toutes les parties dans le but de renforcer les capacités et de maintenir ces relations efficaces dans le temps ».

C’est le genre d’informations que nous devrions communiquer aux décideurs du gouvernement, en particulier à un moment où les intérêts économiques souverains du Canada sont au premier plan de l’agenda politique. La recherche dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation ne doit pas être la victime d’un simple comptage de haricots (littéralement).

Le programme biologique dirigé par Myriam Fernandez à Swift Current sera l’une des pertes les plus importantes. Il s’agit de l’un des rares programmes de recherche à long terme qui s’intéresse aux problèmes de production des fermières biologiques et régénératives au Canada. Alors que le gouvernement demande aux fermières d’utiliser davantage de pratiques d’atténuation du changement climatique et d’améliorer leur empreinte environnementale, il a supprimé l’un des rares programmes de recherche visant à y parvenir efficacement.

Nous ignorons encore beaucoup de choses sur l’activité microbienne du sol et sur la manière dont nous pouvons tirer parti de ces activités naturelles à des fins agricoles. Ce travail est fondé sur la connaissance. Il est exempt de tout parti pris en faveur du profit. Il est extrêmement difficile à remplacer. Je crains que ces mesures ne soient l’équivalent pour l’agriculture de la mise au rebut de l’Avro Arrow dans les années 1950, alors que le Canada était un leader mondial dans le domaine de la conception aérospatiale.

Pour clarifier, ces réductions :

  1. Ignorer les questions importantes liées à la production et à la connaissance impartiale parce qu’il n’y a aucun moyen de remplacer ou de monétiser raisonnablement ce travail (faible rendement).
  2. Alimenter le feu des mécanismes de motivation du profit tels que les coûteuses redevances de point final qui font passer l’argent des fermières dans les poches d’investisseurs affamés.
  3. Créer un vide pour les gains futurs en perdant les programmes et les chercheurs qui nécessitent des travaux expérimentaux année après année. Les entreprises privées ne paieront pas la note. La nation en souffre.

Cela revient à couper la jambe d’un fermier, à lui offrir une prothèse brillante et à lui faire payer un abonnement pour l’utiliser.

Nous devons nous assurer que les décideurs à Ottawa comprennent le coût réel de cette décision et faire pression sur eux pour qu’ils reviennent sur leur décision.

Fermières et fermiers, il est temps d’écrire ces lettres. Commencez par votre député local et remontez la pente.